Olivier Desurmont, 33ans, ne s'en cache pas: laver sa voiture n'est pas son fort. Paradoxalement, il a pourtant fait du lavage auto son activité. À la tête de Sinéo, il révolutionne depuis bientôt 5ans le lavage automobile. Sa technique: le nettoyage à la main et sans supplément d'eau avec des produits écologiques 100% biodégradables.
Créateur de 350emplois
Depuis la création de son entreprise en 2004, à Lille, l'entrepreneur nordiste peut se targuer d'avoir économisé plus de 30millions de litres d'eau. Il est aussi le créateur de 350emplois. Lui qui s'était modestement fixé l'objectif de 20salariés à 5ans... L'idée de Sinéo lui est venue alors qu'il travaillait à Paris, en poste depuis 3ans chez Suez en tant que chef de projet informatique. La canicule de l'été 2003 a bouleversé un plan de carrière bien huilé. Dans les parkings de la capitale, le jeune homme découvre les premiers lavages auto sans eau. «La qualité laissait à désirer avec des produits toxiques et des lingettes jetables», se souvient-il.
Faire d'une contrainte une opportunité
Prêt à créer sa propre entreprise pourvu que le projet ait du sens, Olivier Desurmont se jette à l'eau. Ou «comment transformer une contrainte en opportunité». Dans tout ce qu'il entreprend, c'est son leitmotiv. À 27ans, bac+6 en poche, il démissionne et quitte un certain confort d'une vie bien établie pour entreprendre, sûr que ce concept original a de l'avenir. «Je gagnais dix fois moins ma vie, je n'avais pas un rond, mais j'étais heureux!», lance-t-il avec du recul. Avec 7.000€ en poche, il achète une camionnette, remise son costume-cravate au placard et enfile un bleu de travail qu'il ne quittera pas durant plus d'un an. Cette expérience de terrain est aujourd'hui une force vis-à-vis de ses employés. «Il fallait que je m'imprègne de la technicité», confie ce fougueux, jamais très éloigné d'une voiture à laver. Les épaules larges et les reins solides, cet ancien sportif de haut niveau champion de France de water-polo sait que pour avoir des résultats, il faut se battre. Culture de l'effort, rigueur, mais aussi patience et persévérance: entre sport et management, nombreux sont les traits communs. Aux commandes de son entreprise, comme lorsqu'il entraîne des jeunes d'une Zup de la banlieue lilloise, Olivier Desurmont, joueur, croit à ces vecteurs d'insertion. Comme le sport, Sinéo doit être un levier.
Trois piliers Il a bâti son entreprise sur trois piliers: l'environnement, le social et l'innovation. Il pousse d'abord à fond la démarche environnementale et finit par mettre au point ses propres produits certifiés Eco-Label européen, avec un laboratoire familial des Vosges, Salveco, dont il a pris une participation symbolique de 10%, début 2009. Et tant qu'à révolutionner le lavage de voitures, autant le faire à la main. Les produits à base d'agrumes et d'huiles essentielles sont appliqués à la lingette, elle-même en microfibre recyclable. Au diable les rouleaux et autres automates destructeurs d'emplois! Sinéo recrute. Beaucoup. Ils étaient 80 salariés en janvier2008. Ils sont 350 fin 2009, répartis dans 40 centres de lavage dont 12 succursales. Le cap des 500 emplois doit être franchi en 2010 pour 13 à 14M€ de chiffre d'affaires. Entre2008 et2009, le chiffre d'affaires mensuel moyen a bondi de 150.000 à 900.000€.
Responsabilité sociale Le social, c'est l'autre raison d'être de Sinéo: embaucher des personnes très éloignées de l'emploi pour leur donner une chance de se réinsérer dans la société, voire de s'y insérer tout court. Olivier Desurmont bâtit un management «coup de pouce». À ses yeux, laver des voitures doit être «un tremplin», juste un passage de deux années maximum, au coeur d'un projet professionnel. Chômeurs, ex-détenus, handicapés, SDF, Rmistes, jeunes désoeuvrés... À tous, Olivier Desurmont «réapprend les valeurs du travail». Homme de réseaux, sacré entrepreneur de l'année 2008 parmi de nombreux autres trophées, Olivier Desurmont est surtout un «patron insérant».
Géry Bertrande
P-dg fondateur de Sinéo, à Lille, Olivier Desurmont révolutionne le lavage de voitures... sans eau. «Patron insérant», il remet aussi le pied à l'étrier à des centaines de personnes éloignées de l'emploi. A 33ans, il compte sur son actionnaire Norauto pour développer encore son activité.