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Novacarb : la transition énergétique pour survivre
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Novacarb : la transition énergétique pour survivre

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Suite à un récent revirement du gouvernement, l'industriel meurthe-et-mosellan Novacarb, appartenant au groupe lyonnais Novacap, risque de manquer le virage de la transition énergétique. Les enjeux sont simples : si le projet Novawood, qui vise à substituer de la biomasse au charbon, ne peut pas aboutir, le site joue sa survie.

L'usine Novacarb emploie 300 personnes directement et 1 350 personnes sont liées à l'activité du site. Le projet Novawood devrait créer 100 emplois supplémentaires — Photo : © Jean-François Michel

Le permis de construire avait été délivré par la Métropole du Grand Nancy, l'autorisation d'exploiter signée en préfecture : il y a huit mois, le projet Novawood semblait être sur de bons rails. Un seul document manquait à l'appel : l'autorisation de mise sur le marché de l'électricité produite par ce projet de centrale à 65 M€, visant à substituer la biomasse au charbon, et qui doit produire jusqu'à 90 gigawattheures d'électricité, soit la consommation d'une ville de 50 000 habitants.

Porté par l'industriel Novacarb (CA : 140 M€ ; effectif : 300), qui produit du carbonate et du bicarbonate de soude, et l'énergéticien Engie Cofely (CA : 2,5 Md€ ; effectif : 12 000), le projet Novawood est l'aboutissement de dix ans de travaux pour tourner la page du charbon. Chaque année, le site, situé à Laneuveville-devant-Nancy, engloutit 200 000 tonnes de charbon en provenance d'Afrique du Sud, via le port de Frouard. Une aberration écologique que la nouvelle centrale biomasse, alimentée par de vieilles traverses de chemin de fer et du bois issu des déchetteries, devait permettre de combler, pour environ 30 % de l'énergie nécessaire au fonctionnement du site industriel.

« Des solutions un peu moins triviales »

Le 5 juillet dernier, c'est le Premier ministre, Edouard Philippe, qui a douché les espoirs des acteurs du projet : interrogé au Sénat par Jean-François Husson, sénateur de la Meurthe-et-Moselle, le chef du gouvernement a évoqué l'appel d’offres auquel a répondu le projet Novawood en estimant qu'il conduisait à « des résultats où le contribuable et le consommateur en arrivent à payer l'électricité au moins trois fois au-dessus du prix du marché ». Le Premier ministre a alors suggéré de travailler « pour trouver les solutions efficaces, et peut-être un peu moins triviales que cet appel d'offres, pour soutenir cette entreprise ».

Chez Novacarb, à Laneuveville, le message a été reçu : « Nous allons immédiatement constituer un groupe de travail, avec une délégation interministérielle, pour trouver un ensemble de solutions adéquates », précise Dominique Jacob, le directeur de Novacarb. Concrètement, le projet Novawood s'appuyait sur un prix du mégawattheure de 150 €, soit effectivement trois fois le prix du marché, qui est environ à 50 €. « Pour autant, ce prix ne tient pas compte de la vapeur produite, qui entre dans notre process de fabrication », souligne le directeur du site.

Au total, ce sont 150 M€ d'argent public sur 20 ans qui étaient engagés par l'État. Une somme qui reste en ligne avec les efforts que d'autres pays européens ont consenti pour soutenir la transition écologique de leurs soudières. « Notre déficit de compétitivité, par rapport à nos concurrents européens est de 9 à 14 M€ par an », détaille Gildas Barreyre, le directeur énergie du groupe Novacap, propriétaire de Novacarb.

Le coût du CO2 s'envole

Allemagne, Italie, Angleterre, Pologne ou encore Bulgarie, partout, les Etats ont trouvé des mécanismes pour soutenir la transition énergétique de leur industrie chimique : les deux soudières françaises, Novacarb, à Laneuveville, et Solvay, à Dombasle, à quelques kilomètres de sa concurrente, « sont les seules a ne pas avoir été soutenues », souligne Gildas Barreyre. « Deux projets de transition énergétique dans des soudières, en Angleterre et au Portugal, n'ont pas été aidés. Les sites sont aujourd'hui fermés… », déplore-t-il.

« Pour nous, la spirale est infernale : si le prix du CO2 s'envole, c'est la fin de l'usine de Laneuveville. »

Car l'activité de Novacarb est fragilisée par la hausse continue du coût du CO2. Avec des quotas d'émission d'environ 200 000 tonnes, opérant sur un marché en croissance de 4 % par an, l'industriel voit le coût annuel du CO2 dans ses comptes s'envoler : « Il va tripler en 2018, pour atteindre les 3 M€ », détaille Dominique Jacob. Et la hausse ne fait que commencer : « Le coût du CO2 pour Novacarb devrait augmenter de 5 à 10 M€ par an dès 2020, rendant impossible tout investissement sur le site », précise Gildas Barreyre. « Pour nous, la spirale est infernale : si le prix du CO2 s'envole vers les 40 voire 50 € la tonne, c'est la fin de l'usine de La Madeleine », lâche Dominique Jacob.

Un constat tragique qui n'est pas encore d'actualité : « A la rentrée, nous aurons trouvé tous les moyens possibles pour soutenir ce projet », assure Dominique Jacob. Le temps presse : la nouvelle centrale devait être opérationnelle au deuxième semestre 2020. « Aujourd'hui, nous avons du retard, surtout par rapport à nos concurrents européens qui se sont déjà engagés dans la transition énergétique », souligne Dominique Jacob. Pour peser sur le gouvernement, l'industriel a mobilisé tout ce que le territoire compte d'élus et de décideurs.

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