La construction navale et la plaisance ont présenté des démarches convergentes autour de l'éco-conception au Nautic, qui concentre à lui seul 20 à 25% des chiffres d'affaires des chantiers. Le consortium d'entreprises de la construction navale, Neopolia, a développé l'outil SSD, pour Sustainable Ship Design. Neopolia regroupe un réseau de 90 entreprises (9.000 emplois) gravitant autour des chantiers de Saint-Nazaire mais compte dans ses rangs STX et DCNS, tous deux présents à Lorient. L'outil SSD permet de déterminer le profil environnemental d'un navire, de son assemblage sur un chantier à son utilisation en passant par sa maintenance et son démantèlement. «Tout le monde parle d'environnement, de moteurs à hydrogène ou d'énergie solaire mais très peu ont une approche globale», signale Pierre-Georges Castelnerac, ex-président des chantiers Baudet et conseiller technique à Neopolia. D'un budget de 300.000 €, SSD a été financé pour moitié par la Drire, la région Pays-de-la-Loire et l'Ademe et pour l'autre moitié par les entreprises du consortium. Un logiciel, Sima Pro, a été développé dans deux versions de puissance différente: pour les chantiers, la construction navale et les bureaux d'étude et dans une déclinaison plus légère pour les fournisseurs de matériel. «Le logiciel permet par exemple d'établir quelle est la différence d'impact en terme de rejets de CO² entre de la chaudronnerie réalisée avec de la tôle qui vient de Chine et une autre qui vient de Fos-sur-Mer», illustre Pierre-Georges Castelnerac. «Il établit une vraie dynamique de filière et permet d'éloigner au passage les pays à bas coûts.» Un aspect qui a son importance au moment où cette filière peine à recruter. «Notre crise à nous, c'est que nous sommes dans un bassin de suremploi», remarque Pierre-Georges Castelnerac.
«La crise? une chance»
«Cette crise est une chance», affirme de son côté l'architecte naval Jean-Marie Finot, immédiatement tempéré par Christophe Baley, professeur à l'UBS de Lorient, lui aussi impliqué dans le projet Navecomat: «C'est une chance pour se remettre en question mais pas pour tous les salariés qui vont être licenciés.» Navecomat propose pour sa part l'éco-conception d'un bateau en matériaux bio composites. Initié par le pôle mer Bretagne, d'un budget d'1M€, il implique également le constructeur de kayaks theixois Plasmor. L'objectif est de remplacer les plastiques et matériaux composites habituellement utilisés pour la fabrication des bateaux de plaisance par un mélange de lin ou de chanvre et de résine. «Il n'est pas question que cela coûte plus cher car sinon il n'y aura pas de clients», explique Jean-Marie Finot. «Un grand tournant se prépare dans les 20 ans à venir car nous avons multiplié par 10 l'usage du monde. Les paysans disaient "il faut vivre sur la laine et non pas manger le mouton". Réapprenons à nous limiter à la laine!»
L'éco-conception a-t-elle encore du sens en période de crise? Alors que le Salon Nautic peinait à maintenir sa fréquentation (- 5%, soit tout de même 260.000 visiteurs) du 5 au 14décembre Porte de Versailles à Paris, la filière nautique souffre: immatriculations en baisse, chômage technique chez Bénéteau/Jeanneau. Vecteur de com', le développement durable pourrait vite passer de mode à l'heure où la filière va devoir affronter des plans sociaux. Pourtant, une fois analysées ses vertus économiques, l'éco-conception fait doublement sens. Le Morbihan est au coeur de cet enjeu, à travers la construction navale et le dispositif Neopolia, qui concerne STX et DCNS. Mais aussi le projet Navecomat du pôle mer Bretagne impliquant l'architecte naval Jean-Marie Finot, basé à Vannes.
Dossier réalisé par Nicolas Mollé