En chiffres, comment l’évolution du secteur du bâtiment se traduit-elle à Bordeaux depuis les précédentes élections municipales il y a six ans ?
C’est un effondrement du nombre de logements collectifs neufs produits et livrés sur la métropole d’environ 60 %, qui s’est directement traduit par une baisse d’activité des entreprises du secteur. Plusieurs facteurs ont enrayé la machine : le Covid, l’augmentation du prix des matériaux, des taux d’intérêt et l’arrêt du Pinel. Il y a pourtant une demande de 48 000 logements sur le territoire.
Tous ces facteurs sont nationaux, une municipalité n’y peut pas grand-chose…
Sauf quand la mairie complexifie le plan local d’urbanisme (PLU), qui est entre ses mains, et ajoute de la norme à la norme ; je pense au label Bâtiment frugal bordelais, mis en place en 2021 par Pierre Hurmic (maire écologiste élu en 2020, NDLR), qui s’applique aux logements collectifs neufs (il impose 22 critères, encourage les matériaux biosourcés, de filières locales…). Ce n’est pas une mauvaise chose en soi, mais il a freiné des dossiers. On a déjà en France une RE2020 (réglementation énergétique) à mettre en place avec des surcoûts engendrés de 15 à 20 %. Ajouter d’autres labels augmente encore le tarif et conduit à un plafond de verre avec des prix que les gens ne peuvent plus payer pour se loger. Quant à l’encadrement des loyers, que la municipalité a choisi d’expérimenter à Bordeaux depuis 2022, il n’a pas les effets escomptés comme partout où le dispositif a été testé. Les propriétaires préfèrent vendre.
Qu’attendez-vous du prochain scrutin ?
Les entreprises espèrent plus de lisibilité et de transparence pour la constructibilité, avec un PLU simple et des délais d’instruction respectés. Six ou sept mois devraient suffire à l’obtention d’un permis de construire. Aujourd’hui, c’est un an ou deux, en raison des normes, des pièces complémentaires demandées au dernier moment, etc., et de l’appréciation du maire qui parfois impose un projet en deçà de l’exploitation maximum que l’on peut faire sur un terrain. Pour du logement collectif neuf, entre le moment où un terrain est repéré et la livraison du projet, c’est cinq ans. C’est un cycle beaucoup trop long. Les besoins évoluent très vite.
"Un maire doit avoir une vision des besoins de sa ville, savoir ce qu’il veut faire des friches."
Le maire doit être un facilitateur, il doit avoir une vision des besoins de sa ville, savoir ce qu’il veut faire des friches de bâtiments ou des friches industrielles. Les habitudes de vie changent vite : les familles recomposées ont besoin de T7 ou T8, les seniors de logements adaptés, les étudiants de logements accessibles. Les constructions doivent anticiper des modifications. Nous réclamons par exemple de pouvoir plus facilement transformer des zones de bureaux aujourd’hui inoccupées.
L’accessibilité dans Bordeaux est aussi souvent pointée du doigt…
Beaucoup d’entrepreneurs refusent désormais des chantiers dans Bordeaux parce qu’il est trop compliqué de stationner, parce que les temps de trajet pour y rentrer ou en sortir sont trop longs ; or, en rénovation notamment, le chantier est plein d’aléas et nécessite par exemple d’aller chercher des pièces chez un fournisseur qui est hors de la ville. On n’approvisionne pas un chantier en vélo cargo.
Pour la première fois, vous avez organisé des rencontres avec les candidats, pourquoi ?
Pour les connaître, qu’ils nous connaissent aussi et pour les engager. Cela permet aussi à nos adhérents de prendre leurs dispositions.