Medef : « On est gouverné par des couards depuis 30 ans »
# Conjoncture

Medef : « On est gouverné par des couards depuis 30 ans »

Président du Medef de Loire-Atlantique, Vincent Charpin estime que les propositions présentées par Pierre Gattaz ouvrent un débat sans tabou pour relancer la France.

V


incent Charpin, quel est votre sentiment sur le programme que vient de lancer le Medef au plan national, « un million d'emplois, c'est possible » ?

« Certains se sont un peu moqués de Pierre Gattaz et de son pin's jaune quand il a lancé l'idée de ce projet. J'étais moi-même un peu dubitatif vis-à-vis de la communication autour de ce projet. Je suis aujourd'hui conquis par cette initiative et assez fier de sa philosophie qui consiste à dire qu'il faut ouvrir le débat et faire tomber les a priori.


Il va falloir convaincre des partenaires sociaux qui ont bondi vis-à-vis de plusieurs propositions comme la suppression de deux jours fériés et l'aménagement du Smic...

« Pour ce qui concerne les jours fériés, le mois de mai, c'est l'horreur. J'adore partir en week-end, mais la conséquence, c'est que personne ne travaille en mai en France à cause des jours fériés et des ponts qu'ils provoquent. En Espagne, ils ont au moins collé les jours fériés aux week-ends, pour limiter les ponts. Il faut s'emparer de ce sujet, qui permettrait de gagner 1% de croissance. Sur le Smic, il faut être clair. Je ne trouve pas du tout que ce soit un super salaire. Par contre, un Smic chargé est rédhibitoire pour l'embauche d'une certaine population de jeunes ou de personnes éloignées de l'emploi. Penser que le coût du travail ne permet pas de réintégrer ces populations vers l'emploi est une hérésie.


Quelles propositions vous parlent le plus en tant que chef d'entreprise ?

« Il faut d'abord libérer l'emploi et permettre à cette population d'y accéder. Les entreprises ont peut-être besoin d'un jeune ou d'une personne peu qualifiée, mais ne peuvent pas aujourd'hui se le payer. Ensuite, il faut revoir le code du travail. En Suisse, il tient en 80 pages. Chez nous, c'est une véritable angoisse pour tout chef d'entreprise. On a aussi besoin de dépoussiérer les seuils sociaux. Et puis, il faut revisiter et adapter notre système de protection sociale. Il date de 70 ans. Une entreprise qui n'aurait pas fait évoluer ses produits depuis 70 ans, elle va au tapis. Une personne aux Assedic touche en moyenne 1.000 euros nets par mois, contre 1.128 euros pour une personne au Smic. Nous choisissons collectivement de rémunérer l'oisiveté plutôt que le travail. Quant aux retraités, leur revenu moyen, en prenant en compte le patrimoine, est supérieur à celui des actifs. Alors, il y a bien sûr des petites retraites, mais c'est quand même un véritable problème qu'une personne qui ne travaille pas gagne plus qu'une personne qui travaille. Je suis fier que le Medef parle de cela parce que notre modèle de société est devenu intenable.




Pour le Medef, c'est quoi l'objectif maintenant ?

« Le débat est lancé. On veut atteindre le gouvernement en place. Ce dernier a davantage ouvert la porte aux entreprises que les gouvernements précédents. Je suis peut-être naïf, mis j'ose croire que, dans deux ans, nous aurons les Français derrière nous. Je pense qu'on est gouverné par des tricheurs et des couards depuis trente ans. Alors, nous n'avons pas d'autres choix que de nous appuyer sur les Français. Quand nous aurons ce contact direct avec les Français, alors les politiques feront bouger les choses. Si les chefs d'entreprise ne s'engagent pas aujourd'hui, qui d'autre va le faire ?


Autre sujet d'actualité, la réforme des CCI. Le nouveau ministre de l'Économie vient de confirmer les positions d'Arnaud Montebourg...

« Je suis estomaqué par la façon de procéder. Est-ce que les CCI doivent se réformer ? Oui, probablement. Mais, les CCI sont soumises à une sorte de racket, qui consiste à ponctionner leur trésorerie de 500 millions d'euros. En plus, l'État annonce vouloir réduire le budget des chambres. Je trouve scandaleux que l'État ponctionne l'argent qui appartient aux entreprises pour le mettre dans son budget sans fond. C'est un fonctionnement mafieux ! C'est du vol ! Quant aux réductions budgétaires, pourquoi ne pas aussi les appliquer aux ministères de l'État ? Mais, baisser le budget de l'État de cent milliards, ce n'est jamais possible... Oui, on peut discuter de réforme des CCI, mais pas dans ces conditions. »


Le propositions du Medef sont disponibles sur le site www.1milliondemplois.fr

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