Invisible et pourtant partout. C'est ainsi que l'on pourrait qualifier Mane-Lyraz. Le site morbihannais d'une entreprise discrète, V. Mane & Fils, fondée il y a 140 ans dans l'arrière-pays niçois. Le P-dg Jean Mane, issu de la quatrième génération de dirigeants, devance les tendances et tient à offrir à sa multinationale une place de choix dans le Top 10 mondial des parfums et des arômes. V.Mane & Fils est passé de l'extraction de fleur d'oranger à une pléiade de milliers de références d'arômes et de parfums dont les applications sont autant de possibilités que d'étoiles dans le ciel.
Des recettes bien gardées
«Dans les rayons de la grande distribution, rien ne nous échappe», assure Loïck Callens, directeur technique du site de Quéven. Déodorants, lessives, bougies parfumées, shampoings, dentifrices, plats cuisinés, chips, sauces et soupes, biscuits secs et fourrés, surimi, thés et infusions aromatisés, aliments pour chiens et chats et même parfums de luxe ont un seul et même point commun: Mane. Et pourtant, le premier fournisseur mondial d'un grand groupe de cosmétique français doit garder ses références confidentielles. Secret de fabrication oblige. «Parfois, on ne sait même pas quelle sera l'application finale de la formule que l'on prépare», note Loïck Callens. Dans le Morbihan - l'un des 21 sites de production au monde - l'usine de 8.400m² est dédiée aux extraits et arômes majoritairement salés. À quelques encablures du port de pêche de Lorient, avant d'intégrer le giron du groupe Mane, le site de Quéven s'était fait une spécialité de créer des arômes issus des produits de la mer. Jusqu'en 1995, Mane était présent quasi exclusivement sur le secteur des arômes sucrés. Avec le rachat de l'usine morbihannaise, l'entreprise s'est diversifiée. Un virage nécessaire pour rester dans la ?short-list? des fournisseurs de groupes tels que Nestlé, Unilever ou Procter & Gamble.
Groupe 100% indépendant
Détenu à 100% par la famille Mane, le groupe défend son indépendance, affichant une croissance de près de 28% en 2010. «Par rapport aux trois premiers mondiaux, Mane est un peu le petit Poucet qui se distingue par son ADN», explique Loïck Callens. Une carte génétique qui prend racine dans 36 pays. Des États-Unis au Japon, en passant par l'Argentine, le Chili, le Brésil, le Canada, l'Afrique du Sud, l'Indonésie, la Thaïlande, la Chine, l'Inde. À chaque fois, une équipe réalise l'analyse sensorielle de son territoire. Permettant ainsi de mettre en relation les demandes des uns avec les arômes et les tendances des autres. «Notre compréhension locale des goûts nous permet d'être performants à l'international», reconnaît Loïck Callens. «Il ne suffit pas d'une vision française pour parvenir à travailler avec les industriels de l'agroalimentaire au niveau mondial». La gastronomie française aurait-elle ses limites? La variété des traditions culinaires est autant de champs d'expérimentations.
Objectif: nutrition santé
À Quéven, la technologie est à la pointe. 14millions d'euros ont été investis dans la modernisation du site depuis 2001, dont le doublement de sa surface de production. Si les capacités de stockage ont dû être augmentées ce mois-ci, avec la construction d'un nouveau bâtiment de 220m², l'outil n'est pas encore à saturation. 1.000 tonnes d'extraits et arômes ont été vendus en 2010, sous forme liquide, de poudre ou de pâte, représentant 46% du chiffre d'affaires de l'usine. Avec un second site en Sarthe, Mane-Lyraz réalise 21millions d'euros de chiffre d'affaires en arômes salés dans l'ensemble du secteur Europe et Afrique du Nord. «Les possibilités de croissance sont encore importantes», soulève Loïck Callens. D'ailleurs, l'usine participe à une orientation stratégique à fort potentiel de développement: la nutrition-santé. «Les arômes peuvent aider à renforcer certaines notes sans altérer le goût et le plaisir», complète cet ancien responsable de production au sein du groupe Doux. Ainsi les fabricants d'arômes ont une carte à jouer dans la mise au point de substituts moins nocifs pour la santé que le sel, le sucre, les exhausteurs de goûts et la graisse. «Tout en restant attractif pour le consommateur», précise-t-il. Par exemple avec l'Umami, terme japonais désignant la cinquième saveur après le salé, le sucré, l'amer et l'acide. «Ce facteur d'attractivité qui fait qu'on en veut encore», d'après Loïck Callens. Pour obtenir ces nouvelles formulations, Mane investit chaque année près de 50millions d'euros dans la recherche et le développement, soit 9% de son chiffre d'affaires.
Mane-Lyraz groupe V.Mane & Fils
(Quéven) (La Bar-sur-Loup - 06) P-dg: Jean Mane Effectif: 2.700 dans le monde, 1.100 en France, 54 à Quéven
Chiffre d'affaires groupe: 480millions d'euros Tél.: 02 97 80 12 60.