Lyon-Saint Exupéry : L'aéroport cherche sa place

Lyon-Saint Exupéry : L'aéroport cherche sa place

À l'heure où l'État entendse désengager des aéroports régionaux,élus et entrepreneurs locaux se mobilisent pour défendre leur infrastructure. Lyon-Saint Exupéry est-il bien dimensionné? Son manque dedessertes longs courriers est-il un freinau développement du territoir?

«On ne se laissera pas faire!» Le message de Philippe Grillot, président de la CCI de Lyon, actionnaire de la SA Aéroports de Lyon, est clair. Le porte-parole des patrons lyonnais est convaincu que l'aéroport local doit accueillir des investisseurs prêts à s'engager lourdement pour faire décoller l'aéroport. L'État, actionnaire à 60% de la SA Aéroports de Lyon, a annoncé son désengagement progressif. L'appel d'offres, lancé cet été ou reporté après l'échéance présidentielle, est attendu, car le spectre parisien est sur toutes les lèvres. Aéroports de Paris est jugé, localement, peu désirable, avec la crainte que les investissements nécessaires pour porter l'ambition de 14 à 15millions de passagers, contre 8millions actuellement, ne soient pas engagés. Élus et entrepreneurs s'accordent à crier haut et fort que Lyon-Saint Exupéry n'est pas à la hauteur du potentiel économique de la région Rhône-Alpes. Une comparaison chiffrée avec les quatre moteurs européens partenaires de la région Rhône-Alpes (voir encadré ci-contre) confirme que le trafic lyonnais est bien en dessous de celui de ces régions qui présentent des PIB proches de Rhône-Alpes. «On considère que l'état de développement de l'aéroport n'est pas suffisant. On est 30 à 40% en dessous de ses capacités», affirme Benoît Quignon, directeur général du Grand Lyon, leader avec la CCI de Lyon dans la mobilisation d'un pôle d'acteurs locaux pour se positionner sur la reprise d'une partie du capital détenu par l'État. Objectif de la CCI (25% du capital), du Grand Lyon (5%), du Département (5%) et, dans une moindre mesure, de la Région (5%): détenir 51% du capital pour, ensuite, choisir des investisseurs rompus à la gestion d'une infrastructure aéroportuaire sur le long terme.




1million de passagers= 1million d'emplois

Derrière la bataille des élus pour défendre le territoire, se cache une réalité économique. Les chefs d'entreprise, mobilisés au sein du club des entrepreneurs pour les aéroports de Lyon, militent pour un aéroport fort, avec des dessertes à l'international, qui leur permettrait d'augmenter leur business. «Sans aéroport puissant, les grandes entreprises réfléchiront à deux fois avant de venir s'installer à Lyon», affirme Philippe Grillot. «Lyon-Saint Exupéry est présenté comme un aéroport d'affaires, c'est faux! rétorque Yves Crozet, professeur à l'université et à l'IEP, membre du Laboratoire de l'économie des transports de Lyon. Le trafic de l'aéroport lyonnais est tiré par des compagnies low cost, donc plutôt pour le tourisme d'agrément.» Des conséquences indirectes sur l'économie d'une région sont toutefois avancées par le Grand Lyon qui parle d'un ratio d'1million d'emplois directs et indirects créés pour 1million de passagers supplémentaires à l'aéroport.




Développement de hubs

Avec ses 8millions de passagers, en progression régulière, Lyon-Saint Exupéry semble toucher un plafond de verre. Plusieurs explications peuvent être avancées. La centralisation bien française a permis de porter les structures parisiennes à 83millions de passagers, en laissant loin derrière les aéroports de province. La bonne desserte de Lyon en TGV vers la capitale ampute certainement la ville d'une partie du trafic. «Le TGV aurait privé Lyon d'environ 40% de ses vols, argumente Yves Crozet. Le choix de passer par Paris, pour des vols intercontinentaux par exemple, est logique. Trois tentatives infructueuses de lignes vers New York démontrent que cela ne correspond pas aux besoins des usagers.» Un avis partagé par Philippe Grillot qui oriente l'aéroport vers le développement de hubs avec des compagnies internationales. «Nous n'avons pas la capacité d'avoir des avions complets, mais quelques places par des compagnies qui relieraient l'Asie à l'Amérique du Nord, via Lyon, est une solution bénéfique pour le territoire.» Enfin, la proximité de Genève incite à travailler en partenariat pour jouer sur la complémentarité des destinations.




Grande réserve foncière

Grâce à sa situation géographique, son positionnement multimodal et une des plus grandes réserves foncières d'Europe (900 hectares en plus des 2.000 actuels), l'aéroport entend se positionner dès aujourd'hui pour profiter du doublement du trafic européen attendu d'ici à 2030. «En France, si le PIB croit de 1,5% par an pendant 20ans, le trafic aérien sera multiplié par 1,5», affirme Yves Guyon, président du directoire de la SA Aéroports de Lyon. Lyon veut sa part du gâteau.