Les PME aux banques : «Sortez de votre bulle!»
# Conjoncture

Les PME aux banques : «Sortez de votre bulle!»

Franche explication entre une centaine d'entrepreneurs et des représentants de banques, à l'occasion d'un débat organisé en mars par la CGPME.

«Les TPE, cela vous intéressevraiment?». «Messieurs les banquiers, on va vous faire sortir de votre bulle!». «Dites-moi ce qu'il a mal fait cet entrepreneur!». Pas sûr que les deux courageux représentants de la place bancaire- issus du CIC et du Crédit Mutuel-s'attendaient à un accueil aussi musclé lorsqu'ils ont accepté l'invitation de la CGPME de venir débattre avec une centaine d'entrepreneurs sur les relations entre les banques et les PME. Car pour beaucoup de dirigeants d'entreprise, les banques n'ont clairement pas joué le jeu. L'heure est donc pour certains d'entre eux de demander, si ce n'est de régler, des comptes. «J'ai eu tout le mal du monde à faire comprendre à mon banquier que j'allais avoir des problèmes de trésorerie à la fin 2009. On nous demande d'anticiper, d'informer. C'est ce que j'ai fait. Mais plus je donnais d'informations, plus j'avais l'impression que j'inquiétais mon interlocuteur! On s'est finalement mis d'accord, puis mon interlocuteur a changé à la banque et j'ai essuyé un refus! Maintenant ça va mieux, l'entreprise est bien repartie et les perspectives sont bonnes mais je trouve dommage que le dialogue avec mon partenaire bancaire ne soit pas à la hauteur...», expose Cyril Poinsot, P-dg de Graphy Prim', sous les applaudissements nourris d'une salle entièrement acquise à sa cause pour avoir vécu peu ou prou des situations similaires: refus, durcissement des conditions de crédit, changement incessant d'interlocuteurs, délais de réponse s'éternisant jusqu'à un an (!), lacunes en termes de conseil,etc. Cet inventaire à la Prévert désarçonne quelque peu les banquiers, qui s'efforcent de rassurer les chefs d'entreprise. «Sans crédit, une banque ne fonctionne plus. Nous sommes donc obligés d'en faire. Vos entreprises, on les connaît, mais la conjoncture ne nous a pas aidé. En tout cas, je vous certifie que nous n'avons pas eu de la part de notre direction de message de resserrement de nos provisions», appuie Gilles Courtois, du Crédit Mutuel Laco. Un discours soutenu par Catherine Boucher, directrice régionale de la Banque de France: «L'encours de crédit a progressé de 3,7% depuis un an dans les Pays de la Loire. Les crédits de trésorerie sont en recul de 3% mais repartent depuis la fin 2009. Ceux consacrés aux équipements ont toujours été positifs».




Que peut faire un chef d'entreprise?

Au-delà des innombrables critiques, une certitude: la crise a mis en exergue les incompréhensions entre PME et banques. Ces deux partenaires, qui ne peuvent se passer l'un de l'autre, doivent aujourd'hui chercher à reconstruire leurs liens. «Il faut que chacun fasse des efforts. Si un chef d'entreprise va voir son banquier la main dans les poches, il va se faire jeter et c'est normal», tranche Philippe Thibault, président du tribunal de commerce de Nantes. Que peut alors faire un chef d'entreprise pour améliorer ses relations avec sa banque? Joël Jobard, receveur des finances à la Trésorerie Générale, préconise d'établir une relation partenariale: «Son banquier, il faut aller le voir régulièrement, ne rien lui cacher et ne pas attendre de se trouver face à des difficultés. Sinon, il ne faut pas hésiter non plus à faire jouer la concurrence, d'autant qu'en Loire-Atlantique, se côtoient de nombreux réseaux». Pour sa part, Jérôme Gauriau, vice-président de l'Ordre des experts-comptables, insiste sur l'importance de mettre en place au sein de l'entreprise des indicateurs de pilotage. Surtout cette année: «Les bilans 2009 seront dégradés. Avec des indicateurs, un chef d'entreprise peut dire précisément à son banquier s'il est dans les clous et ce à n'importe quel moment.»




CGPME: 02.40.52.12.12.

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