Paul Jorion
Sociologue anthropologue et économiste basé à Vannes
L'épisode de la dette grecque est un des derniers avatars de la crise financière. A-t-on eu raison de faire entrer la Grèce dans l'Union Européenne? On n'aurait pas dû la faire entrer, pas dans de telles conditions d'adhésion. Mais l'Union Européenne, qui prétend aujourd'hui qu'elle ne savait pas, était au contraire bien informée. Dès 2002, il y avait des articles dans la presse spécialisée en gestion du risque qui avertissaient du danger. Si Jean-Claude Trichet ou Herman Von Rompuy ne les ont pas lus, au moins cela a-t-il dû être porté à la connaissance de leurs adjoints. Ce n'est pas très courageux de la part des dirigeants européens d'adopter cette position a posteriori. C'est se défausser un peu facilement.
Globalement, les États sont-ils à la hauteur?
Certains oui. On voit que plusieurs d'entre eux veulent avancer dans le bon sens. Mais le rapport de force est encore insuffisant. Depuis 2009, la Chine demande un nouvel ordre monétaire international. Et qu'observe-t-onen réponse ? Rien, à part un veto américain. Les états ont déjà accepté de régler entièrement les créances des banques. Maintenant qu'il n'y a plus de ressources du côté des contribuables, on ne sait plus comment faire. Même quelqu'un comme Jean-Pierre Jouyet, plutôt du côté des régulateurs, constate que les citoyens risquent se révolter contre la dictature des marchés. Cela montre bien que, même au plus haut niveau, on perçoit que la cote d'alerte est atteinte.
Face à cette crise, vous avancez que culture et langue bretonnes seraient des atouts. Pourquoi ?
L'identité peut aider à innover. L'enracinement historique peut être un atout pour reconstruire le territoire, le redéfinir en termes de transports, notamment. Mais le problème de la Bretagne, c'est avant tout le problème du monde. Les grandes structures économiques sont en train de s'écrouler, c'est là le défi global. Face à cela, la Bretagne peut éviter d'être attentiste. Je fais moi-même partie d'un groupe qui se réunit régulièrement pour réfléchir à l'habitat durable. Même ceux qui viennent d'ailleurs, qui ne sont pas nés en Bretagne, peuvent contribuer à l'avenir de cette région.
- TROIS QUESTIONS À