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hilippe Le Duault, l'agence de communication Le Square d que vous aviez reprise en 2008, a fermé ses portes le 23 décembre. Pour quelles raisons ?
Notre agence de communication a employé jusqu'à huit salariés en 2013 (quatre actuellement) pour un chiffre d'affaires de 600.000 euros, avec la particularité de réaliser 60 % de son activité avec les collectivités locales. Or, depuis deux ans, nous subissons une baisse des prix de 30 à 40 % sur nos marchés, notamment publics. Dans le secteur privé, la situation est moins critique car il est toujours possible d'avoir une discussion en face à face et d'argumenter. Dans le public, la situation est différente. Je connais bien les marchés publics car, outre mes fonctions au sein de l'agence, je suis également administrateur de la CGPME et conseiller municipal PS à la mairie de La Chapelle-sur-Erdre. Ce que je constate, c'est que, pour les appels d'offres publics, on ne rencontre jamais les acheteurs, seulement des financiers. Les plus petites communes n'ont même pas les compétences d'achat. On n'arrive donc pas à établir de relations humaines pour discuter en face à face. On évolue dans un système technocratique qui tue la relation. J'ai beaucoup milité pour introduire des clauses RSE dans les appels d'offres publics pour que l'on puisse comparer ce qui est comparable. Mais le Code des marchés publics est très compliqué. S'y greffent des clauses européennes et, à l'heure où on nous parle de simplification, il faut encore trois à quatre heures pour remplir un dossier de marché public.
Que faudrait-il faire pour faciliter l'accès des petites entreprises, comme la vôtre, aux marchés publics ?
Si on veut permettre aux PME et TPE d'accéder à ces marchés, il faut absolument simplifier les procédures mais, dans ce domaine, même l'État évolue plus rapidement que les collectivités. On marche sur la tête. Les relations avec la grande distribution ont la réputation d'être difficiles. Mais, pour avoir eu l'occasion dans ma carrière de les comparer, je trouve plus facile de négocier avec la grande distribution qu'avec les collectivités, quelle que soit leur couleur politique.
Vous n'étiez donc plus rentable ?
Nous avons dû baisser nos prix au niveau de ceux d'il y a vingt ans alors que nos charges, elles, n'ont cessé d'augmenter. Elles ont connu une inflation de 35 % entre 1995 et 2014. Nous ne souhaitions ni embaucher des salariés au rabais, en CDD, ni avoir recours de façon excessive aux freelance. Dans certaines agences de communication, il y a plus de travailleurs freelance que de salariés. Mais j'ai toujours fait en sorte d'en avoir le moins possible dans mon agence car ce statut est précaire en termes de protection sociale, de prévoyance et de retraite. La guerre des prix précarise le statut de salarié en CDI et ne permet pas à une TPE de services, comme la nôtre, engagée dans une démarche sociétale, d'être compétitive. Les collectivités territoriales, malgré un contexte économique difficile, doivent absolument prendre conscience que, dans le cadre des marchés publics, elles ont une responsabilité à exercer en faveur du maintien du statut de salarié. Quant à nous, c'est le coeur gros, que nous avons fermé les portes du Square le mercredi 23 décembre.
Propos recueillis par Caroline Scribe
Communication L'agence de communication Le Square d, basée à La Chapelle-sur- Erdre, a cessé son activité le 23 décembre. Son dirigeant explique pourquoi.