Laurent Carratu : Le commerce dans la peau

Laurent Carratu : Le commerce dans la peau

Laurent Carratu, directeur du restaurant marseillais de fruits de mer Toinou, préside Terre de commerces, fédération des commerces et services de proximité des Bouches-du-Rhône, depuis tout juste un an. Rencontre avec un commerçant militant. Par Alexandre Léoty

C'est au deuxième étage de Toinou, son restaurant célèbre dans le tout Marseille pour ses coquillages et ses fruits de mer, que nous reçoit Laurent Carratu. Affable et souriant, l'homme s'installe, alors que le service bat son plein, derrière l'une des tables du restaurant, dans un décor de chêne blond, de verre et d'inox. Le murmure des conversations des convives attablés aux alentours rythme ainsi les confidences d'un commerçant militant qui se définit avant tout comme un entrepreneur.




Amoureux de la mer

Laurent Carratu est né le 25avril 1969 à Marseille, dans un environnement familial de commerçants. «Mon père, ancien commis poissonnier à la Criée de Marseille, a créé sa propre entreprise en 1962, rappelle-t-il. Ses parents étaient épiciers à Saint-Just. Ma mère était coiffeuse, tout comme sa mère avant elle. Mon frère, qui est un peu plus âgé que moi, a développé l'enseigne familiale des coquillages Toinou dans les années 1980, à Bonneveine, avant que toutes nos activités ne soient rassemblées au centre-ville de Marseille». De son enfance, Laurent Carratu, qui se définit comme un élève «assez studieux», et «sûrement pas perturbateur», conserve des souvenirs heureux, intimement liés à l'univers marin. «Nous passions toujours nos vacances au bord de la mer, en famille», se souvient avec émotion ce passionné de voile, de hobby-cat et de chasse sous-marine. Après avoir obtenu son baccalauréat en 1987 au lycée Provence, à Marseille, et avoir suivi les classes préparatoires aux études de commerce au lycée Thiers, toujours dans la Cité phocéenne, le jeune homme intègre en 1989 l'École supérieure de commerce de Marseille, actuelle Euromed Management. Il en sortira diplômé en 1992. «C'est sans doute inconsciemment cette compréhension, de par mon environnement familial, du commerce de proximité, qui m'a donné envie de connaître le monde du commerce au sens large, estime-t-il. À l'époque, j'étais particulièrement intéressé par l'international. J'ai d'ailleurs passé mon année de mobilité à l'université d'économie de Lund, en Suède. J'ai ainsi pu m'initier à l'enseignement du marketing à l'anglo-saxonne». À l'issue de ses études, le jeune homme doit faire un choix: se lancer à l'international ou rester à Marseille pour développer l'entreprise familiale de commerce de coquillages. Il choisira la seconde option. «Le potentiel de développement de la société était énorme, confie-t-il. Mon père me parlait toujours d'une époque où les écaillers marseillais faisaient déguster leurs produits en toute simplicité dans les rues. C'est cette idée que j'ai voulu mettre au goût du jour». Au moment où il reprend l'entreprise familiale, Laurent Carratu n'a que 23 ans. «Les obstacles que l'on affronte lorsque l'on reprend une entreprise sont évidemment différents de ceux d'une création pure, mais ils existent, soutient l'actuel dirigeant de l'enseigne Toinou. Car il est nécessaire de prouver sa valeur et de légitimer sa position. Il y a toujours un frein à la nouveauté ».




«Sur place nuit et jour »

«Les premières années ont été éreintantes, avec un taux de croissance de 20% par an, se souvient Laurent Carratu. J'ai d'ailleurs vécu pendant dix ans dans l'appartement situé au-dessus du restaurant. J'étais sur place nuit et jour». En quinze ans, l'entreprise familiale, qui est passée de 10 à 50 salariés, s'est profondément transformée. D'un simple étalage est né un véritable restaurant de 200 couverts, sur trois étages, au développement basé sur une constante innovation produits et marketing. Sensibilisé aux problématiques des commerçants depuis le milieu des années 1990, Laurent Carratu s'est engagé au sein de Terre de commerces en 2005. «C'était au moment d'une grande grève des éboueurs, à Marseille, rappelle-t-il. J'étais révolté par l'inaction ambiante, face à ce qui s'avérait être un véritable gâchis. J'ai donc pris à bras-le-corps le dossier de la propreté du centre-ville». Une première expérience qui conduira le commerçant à prendre la tête, en février2009, de la fédération départementale.