« J'ai réalisé à Noël 2012 que mon fils aîné allait rentrer en 3e en septembre 2013 et que mon dernier avait 8 ans... C'était le moment pour faire ce tour du monde en famille dont nous parlions. En janvier-février, nous avons étudié le projet et en mars, la décision était prise. La structure managériale d'Evolis, avec un comité de direction, permettait à l'entreprise de fonctionner. Comme une des qualités d'un chef d'entreprise est d'être bien entouré, le meilleur test est de s'éloigner quelque temps... Nous sommes donc partis en août 2012 pour un vrai tour de neuf mois qui nous a conduits en Polynésie, Asie, Amérique du sud... et sans ordinateur. »
« Le blues de l'i-phone »
« Je ressentais une forme d'usure avant de partir avec une entreprise qui a grossi très très vite et donc un débordement d'activités. Sortir du cadre est bénéfique. C'est une vraie prise de recul sur soi-même mais aussi sur son rôle au sein de l'entreprise. J'avais demandé qu'on m'appelle uniquement en cas d'urgence - c'est arrivé 4 fois en 9 mois -, mais quand on est hyperconnecté comme moi, on ressent le " blues de l'i-phone " les premiers jours... Je me demandais : pourquoi ils ne m'appellent pas ? Ce n'est pas possible qu'il n'y ait pas de problème... C'est une période où on ne se sent pas à l'aise parce que, d'un coup, on s'aperçoit qu'on n'est pas indispensable. Il faut apprendre à lâcher prise, un voyage c'est une introspection, on se découvre soi. J'avais toutefois tous les mois un récap d'une page sur les faits marquants dans l'entreprise. L'année 2014 a été marquée par plusieurs opérations de croissance, le lancement de nouvelles gammes, mais tout cela avait été anticipé. Ce changement de rythme m'a permis de prendre du recul sur l'entreprise et sur moi-même et de réfléchir sur mon rôle de dirigeant. J'ai un nouveau regard. Pour l'anecdote, il a fallu cette expérience pour que je prenne conscience de la puissance mondiale des réseaux sociaux. Je ne m'y intéressais que peu avant mon départ, malgré l'avis de certains de mes collaborateurs. Dans un village en pleine forêt amazonienne, nous avons trouvé un "café" avec trois PC. Les enfants du village étaient là, tous connectés à Facebook. À mon retour, nous avons fait le choix de mettre des moyens sur les réseaux sociaux pour développer la communication du groupe. »
Reprendre une place
Sortir du cadre, c'est facile, y revenir n'est pas si simple. De retour à Angers, j'ai pris un mois supplémentaire avant de revenir au sein de l'entreprise. Cela m'a permis de passer du temps avec chaque membre de l'équipe de direction. Nous avons eu une réflexion sur la valeur ajoutée des uns et des autres afin de redéfinir les rôles, les fonctions, les périmètres, pour que chacun retrouve une place en cohérence avec les autres. On ne reprend pas sa place, on reprend une place. Le stress lié à l'activité de chef d'entreprise existe, mais la capacité à prendre du recul est toujours là... Qu'un dirigeant s'éloigne quelque temps de son entreprise, c'est possible et c'est même bénéfique !
Emmanuel Picot, dirigeant d'Evolis, spécialiste des solutions d'identification de carte plastique, a quitté l'entreprise durant l'été 2013 pour un tour du monde en famille. Une expérience « bénéfique » qui lui a permis de prendre du recul sur son rôle de dirigeant.