« J'ai créé Ozétudes en 2013 pour aider les jeunes à s'orienter. Il y a un véritable besoin. J'ai choisi le statut de Société par actions simplifiée unipersonnelle, ou Sasu, car je voulais avoir une cohérence dans ce que je propose auprès des jeunes et dans la gouvernance mais aussi l'engagement. J'ai voulu me mettre dans ce mouvement de l'économie sociale et solidaire. De nouveaux modèles économiques se cherchent, mais il y a des valeurs intéressantes et quelque chose d'innovant et qui bouge. J'y suis allée par intuition aussi.
« Un vrai engagement »
J'ai demandé à la Dirrecte Bretagne l'agrément d'entreprise solidaire. Ozétudes est l'une des premières entreprises bretonnes à l'obtenir. Traditionnellement, l'ESS était surtout réservée pour des associations et entreprises d'insertion. Je parle au passé car cela change, avec une ouverture vers l'entreprise initiée par Benoît Hamon. Il y a tout un mouvement des entrepreneurs sociaux qui tirent l'économie. Pour moi, ce label est important. C'est peu de chose, mais c'est un engagement d'avoir un salaire limité en tant que présidente, de réinvestir le chiffre d'affaires dans la structure et pour les salariés, avec un objet sociétal ou environnemental, en privilégiant des emplois aidés, au service de l'insertion. Ma priorité sera d'embaucher quelqu'un qui en a besoin. Cette démarche est gratuite et renouvelée tous les deux ans. À titre personnel, je le vis plutôt comme un vrai engagement. Par exemple, ma grille de prix en tient compte pour les étudiants, à moins de 400 euros les six séances de bilan d'orientation, d'insertion et de coaching. Pour moi, c'est une belle communication mais pas un coup de com'. Officialiser ce label m'engage à le mettre en oeuvre. Je me donne un an...
« Accompagner la construction identitaire des jeunes »
J'ai une originalité particulière par mon double cursus d'ingénieur et de spécialiste de la formation, mais aussi par mon approche originale. Je me suis formée au coaching à Paris dans l'école de Vincent Lehnardt. Ozétudes accompagne aussi les jeunes en entreprise, fait du conseil auprès de l'enseignement supérieur... Ce qui m'intéresse c'est d'accompagner la construction identitaire, personnelle et professionnelle des jeunes. Mon observation, c'est que les jeunes ont des expériences très variées mais éclatées. Il n'y a plus de lieu, comme autrefois la place du village, où exprimer qui ils sont. Ils n'ont plus l'occasion de le nommer.
« Une solitude extrême »
La plupart des jeunes que j'accompagne, entre 20 et 25 ans et entre Rennes et Paris, sont dans une solitude extrême. Les études sont très morcelées, les amitiés se renouvellent beaucoup, alors qu'on n'a jamais autant parlé de réseaux sociaux. Quand ils arrivent dans mon bureau, ils sont un patchwork et dès lors qu'on leur demande qui ils sont et ce qu'ils veulent faire, c'est le no man's land. Vous vous rendez compte le coût pour la société ? On commence par les rassembler en quelques mots, sur leur moteur interne, ce qui fait la personne dans sa force et son potentiel. C'est un bilan de soi-même, souvent un temps de reconstruction qu'on leur permet : mon coeur de métier. Je leur pose souvent la question : quel est ton trésor ? Quand ils savent y répondre, ça change tout. Il y a vraiment un avant et un après ! »
Propos recueillis par Géry Bertrande
Son défi À Rennes, Claire de Wailly a lancé un cabinet axé sur l'orientation des jeunes pour lequel elle vient de décrocher un précieux label en phase avec ses valeurs.