Investisseurs étrangers : Le Nord doit-il en avoir peur?
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Investisseurs étrangers : Le Nord doit-il en avoir peur?

Santé et multimédia, voilà les secteurs qui portaient les investissements étrangers ces dernières années. Après le débarquement anglais et allemand, les capitaux sont russes, indiens ou encore chinois et misent sur le ferroviaire. Décryptage de ces repreneurs industriels.

Quand les entreprises anglo-saxonnes, étiquetées «ultras libéralistes» ont débarqué en terre nordiste reprenant des sociétés régionales ou créant leur propre structure, on pouvait avoir peur de leur style un peu cavalier. Pourtant, elles ont bien créé de l'emploi et de la valeur.




Les Britanniques en force

Dans l'Amandinois, les 472M€ investis par le Britannique GSK Biologicals et ses 625emplois créés en sont une preuve criante. À Borre, près d'Hazebrouck, l'américain Corning a mis la main en octobre2010 sur les Plastiques Gosselin cherchant un savoir-faire complémentaire. Le groupe anglais Experian, après son rachat d'Emailing Solution, filiale du roubaisien Adistar, a réussi, lui, à développer une structure majeure de l'emailing en France et en Europe du Sud. Experian Cheetahmail France, dont le siège est toujours roubaisien, pèse aujourd'hui près de 12M€ et emploie 100personnes. Les peurs anglo-saxonnes dissipées, les regards se tournent maintenant vers les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). L'an dernier, les forces en présence étaient russes avec l'entreprise d'État UVZ et indiennes avec le groupe Titagarh Wagons Limited. Ces protagonistes ont tous deux investi dans le ferroviaire et pris le contrôle des sociétés Sambre et Meuse et AFR.




Alliance de circonstance

Dans le cas du douaisien AFR, l'affaire est franco-indienne et cela a son importance. Le français et actuel président du directoire d'AFR Titagarh, Pascal Varin avait les syndicats et les collaborateurs avec lui. Les Indiens quant à eux ont mal négocié leur arrivée dans le Nord et leur communication auprès des salariés était à vrai dire un peu bancale. Avant la reprise acceptée le 7juillet dernier (lire ci-contre), la communauté d'agglomération du Douaisis (CAD) a réussi à sauvegarder les brevets au niveau de l'unité de production régionale. «Nous avons eu affaire à un industriel qui voulait s'appuyer sur les savoir-faire d'AFR pour se lancer à l'international. Il ne faut pas oublier non plus qu'il a mis à la tête de la nouvelle structure un Français du secteur, Pascal Varin», lance Christian Poiret, président de la CAD.




Les Russes dans la course

Grâce à cette reprise à 90% indienne, AFR reste en vie et sauvegarde 80 de ses 220 salariés. Alors que Titagarh n'était pas encore sorti de ses terres indiennes, le groupe décide via cette reprise de miser fort sur cette installation nordiste en investissant 12,5M€. «Nous allons normalement réembaucher une cinquantaine de personnes d'ici à fin 2011», confirme Pascal Varin, le second repreneur et associé à 10% à cette reprise. Autre gros coup de 2010 dans le ferroviaire nordiste, la prise de contrôle de Sambre et Meuse par le russe UVZ (CA: 4Md$ dont 1,5 dans le ferroviaire). Tout comme le groupe indien, les Russes souhaitent s'appuyer sur le savoir-faire de l'entreprise de Feignies afin de répondre à leurs besoins de production de plus en plus importants. En reprenant Sambre et Meuse, le groupe d'État russe de construction de matériel ferroviaire et de tanks signe son premier investissement hors de ses frontières. Il prend ainsi une participation majoritaire à hauteur de 70% dans la fonderie maubeugeoise. Le Russe devrait aussi débloquer une enveloppe de 25M€ pour investir dans l'usine nordiste. Le but d'UVZ n'est donc pas de prendre le contrôle et de vider l'entreprise de sa substance mais bien de la développer de manière ambitieuse. Avant cette arrivée, Sambre et Meuse restait sur une baisse de chiffre d'affaires de 7,5M€ de 2008 à 2010, soit une activité pesant 15M€. Cette incursion russe devrait ainsi permettre à l'industriel nordiste de tripler son business d'ici à 3ans, soit enregistrer près de 45M€ de chiffre d'affaires. L'industriel de Feignies souhaite atteindre un effectif de 350personnes grâce à l'embauche prévue de 140salariés supplémentaires d'ici à 2013.




L'implication allemande

On aurait pu croire que ces investisseurs de lointaines contrées allaient piller le savoir-faire nordiste. Que nenni. Ces exemples en sont la preuve. Mais quand ces investisseurs sont des groupements capitalistiques sans projet, l'affaire n'a plus la même saveur. Le groupe d'investisseurs hollandais Leaf a, par exemple, failli couler Lamy Lutti en lui coupant une partie de son business avec les marques de distributeurs. Redevenue indépendante en 2008, elle compte depuis 2009, le confiseur allemand Katjes Fassin dans son capital. L'entreprise de Bondues goûte ainsi de nouveau aux joies de la croissance. Bonne nouvelle pour Lamy Lutti, l'investisseur allemand passe de 33,3 à 66,6% au niveau de son capital. Alors oui, «il faut rester prudent», comme le dit Christian Poiret, à la CAD. Mais «non» il ne faut pas céder à la panique. «Le risque est limité quand il s'agit d'un groupe industriel qui porte souvent un projet industriel», selon Léonce-Michel Deprez, président de NFX qui accueille ces investisseurs à bras ouverts.

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