Investisseurs belges : Lille, Lyon et Bordeaux leur font les yeux doux
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Investisseurs belges : Lille, Lyon et Bordeaux leur font les yeux doux

Quatrième investisseur européen dans l'Hexagone, la Belgique injecte 5 % de ses investissements étrangers en France. Si Lille figure largement en tête des métropoles visées, Bordeaux et Lyon tirent leur épingle du jeu en faisant valoir leur savoir-faire local.

Pour le "plat pays", la France et ses 66 millions de consommateurs est un terrain de jeu à fort potentiel. Du foncier, un bassin de consommateurs six fois plus élevé qu'en Belgique, une seule frontière à enjamber : autant d'atouts qui font de la Belgique le 4e investisseur de l'Hexagone. Ce voisin est à l'origine de 5 % des investissements étrangers en France, selon le dernier rapport d'études de Business France. Hormis Paris, trois métropoles françaises cristallisent une majorité de ces investissements : Lille, Lyon, Bordeaux et leurs régions respectives. « Nous estimons les relations commerciales à plus de 30 milliards d'euros entre la Belgique et la France. 33 % de ses exportations sont tournées vers les Hauts-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes est concerné, lui, par 6 % de ces transactions » explique Christian Vermersch du Flanders Investment & Trade, une agence flamande chargée d'accompagner les entreprises exportatrices.

Près de 2 500 emplois créés en 2015

En 2015, les Belges étaient à l'initiative de 48 nouveaux investissements dans l'Hexagone, ce qui a permis de créer ou maintenir 2.459 emplois en France, soit 71 % de plus qu'en 2014. Les activités de production (42 %) et les centres de décision (21 %) représentent la grande majorité de ces implantations. Dans les Hauts-de-France, au moins 400 filiales belges sont implantées. À l'image d'Ontex, le fabricant de couches culottes qui a regroupé les activités des usines de Wasquehal (Nord) et Monchy-le-Preux (Pas-de-Calais) sur le site voisin de Dourges. Une opération qui nécessite un investissement de 40 millions d'euros pour la construction d'une nouvelle usine maintenant l'ensemble des effectifs, soit 333 salariés.

Champions de l'investissement

Récompensé lors du 4 e Prix du meilleur investissement belge en France, en septembre 2015 à Bruxelles, le groupe Ecophos investit 60 millions d'euros pour la construction d'une unité de production de phosphates à Dunkerque. « Le territoire proposait un terrain uniforme, à proximité du Grand Port Maritime de Dunkerque et des accès multimodaux. Avec en option, une surface supplémentaire pour envisager une future extension. En Belgique, les projets d'implantation prenaient des allures de Tetris sur les surfaces des ports » explique Yannick Vancoppenolle, directeur du site Ecophos de Dunkerque, dont le groupe enregistre un CA de 138,5 millions d'euros. Autre exemple, la holding belge Eurotech dédiée aux services en ingénierie, qui dispose dorénavant d'une couverture transfrontalière avec la société Fratech, implantée à Villeneuve d'Ascq où il est prévu l'embauche d'une centaine de personnes. « Nos clients sont des grands groupes industriels et des PME dynamiques. Nous avons suivi le parcours de ceux qui avaient un site ou une activité dans la région. Pour plus de proximité et de cohérence » explique Frédéric Sigel, directeur général de Fratech.

Le poids du textile technique

Mais s'il y a bien un secteur dans lequel les relations franco-belges s'illustrent tout particulièrement en paysage nordiste, c'est le textile technique. « C'est l'exemple parfait. On parle d'une coopération étroite entre les Hauts-de-France et les Flandres dans ce domaine, les fédérations et les entreprises se connaissent très bien » fait savoir Christian Vermersch qui évoque un passé textile belge similaire à l'histoire connue dans le bassin lillois. Un domaine qui oppose même deux métropoles françaises dans la course aux investisseurs belges : Lyon leur fait volontiers les yeux doux, aux dépens de Lille.

Consolider le Nord et cap au Sud

Plus au Sud, les Belges s'illustrent aussi dans le paysage lyonnais. C'est le cas de l'entreprise Trotec, qui a implanté une unité de transformation de produits de l'industrie agroalimentaire en ingrédients destinés à composer de la nourriture pour animaux. Mais au coeur de la métropole lyonnaise, l'entreprise belge la plus emblématique est incontestablement le groupe Solvay (30.000 salariés dans le monde dont 2.500 personnes dans l'agglomération lyonnaise), qui a racheté l'usine Rhodia en 2011. « Cette acquisition a permis à Solvay de bénéficier d'une plateforme de recherche de très haut niveau, dotée de 400 chercheurs au coeur de la Vallée de la Chimie. Solvay en a fait son centre de recherche mondial », détaille Emmanuel Murgue, le délégué général du groupe pour la région, qui a organisé, l'année dernière une rencontre entre Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères et européennes, et le président de Lyon Métropole, Gérard Collomb.

Développement en filières

Côté Atlantique, si les relations commerciales entre Bordeaux, capitale de la Nouvelle Aquitaine, et la Belgique sont anciennes notamment dans le secteur du vin - la Belgique est un des marchés traditionnels des vins de Bordeaux et de nombreux Belges sont propriétaires de châteaux, citons par exemple château Giscours (Margaux, Grand cru classé 1855) ou encore château Villemaurine à Saint-Emilion - la Belgique n'est que le 4e investisseur étranger avec une trentaine d'entreprises installées dans la région dont Agfa Healthcare ou encore Solvay. Les secteurs aéronautique, agroalimentaire et le bois sont traditionnellement importants mais depuis quelque temps le secteur du numérique émerge et des liens forts sont en train de se créer autour de cette filière d'avenir.

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