C
omment se comporte le secteur de la métallurgie en Loire-Atlantique en 2013 alors que l'industrie au sens large est toujours dans une passe difficile ?
Le bilan 2013 est contrasté. Certains acteurs vont bien. Pour d'autres c'est beaucoup plus compliqué. En revanche, tous ont la même problématique : celle de la compétitivité. Il suffit de constater que le coût horaire du travail a augmenté en France de 45 % à euro constant, contre 24 % en Allemagne. Le résultat, ce sont des marges qui se réduisent pour les entreprises et donc des difficultés à investir.
Si l'on prend secteur par secteur, c'est toujours l'aéronautique qui tire le mieux son épingle du jeu ?
L'aéronautique se porte bien mais ce n'est pas facile pour autant. Dans le sillage des grands donneurs d'ordre, les entreprises co-traitantes doivent suivre en termes de cadences, de compétences humaines et de qualité. Ces entreprises ont des perspectives, donc elles investissent mais il ne faut pas croire non plus que pour elles tout est simple. En revanche, ce qui est très intéressant, c'est que certaines de ses entreprises de l'aéronautique se développent désormais à l'international et s'y implantent pour travailler avec Embraer, Bombardier, etc.
Tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne que l'aéronautique...
Oui, l'automobile est toujours dans une crise commencée en 2008 avec certaines entreprises lessivées au niveau de leur trésorerie. Pour les entreprises qui travaillent pour la Défense, il faut être attentif aux arbitrages de l'État dans ce domaine. Celui-ci semble vouloir maintenir les investissements plutôt que le fonctionnement. MAis la pression demeure sur les équipementiers car certains programmes, comme le Barracuda, risquent d'être plus étalé dans le temps que ce qui était prévu initialement. Pour ceux qui travaillent pour le secteur du bâtiment, on voit que les choses ralentissent. La réalisation de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes serait d'ailleurs dans ce domaine un vecteur de croissance. Dans la navale, après l'Oasis, STX veut prendre une commande par an. Les chantiers ont semble-t-il plusieurs fers au feu pour cela. Maintenant, le problème pour eux est également la compétitivité puisque ces concurrents allemands, finlandais et italiens bénéficient de coûts de production inférieurs et que l'on peut même parler de distorsion de concurrence avec du dumping social. À l'échelle européenne, il faudra bien un jour harmoniser les règles du jeu.
Malgré tout il y a des raisons d'espérer pour la navale ?
Oui. On, le voit, STX diversifie ses activités vers les énergies marines renouvelables avec des premières commandes. On bénéficie d'atouts considérables dans la région avec une façade maritime et des acteurs publics, autour du conseil régional, qui ont bien compris qu'il fallait construire un écosystème autour de cette filière émergente des énergies marines. Il faut capitaliser là-dessus, et les entreprises sont prêtes à suivre.
Comment les entreprises de la filière métallurgie peuvent aujourd'hui lutter face à la concurrence des pays low-cost ?
Penser que l'on peut lutter contre ces pays, c'est illusoire. On ne s'en sortira que par de la valeur ajoutée et de la différenciation. Et, pour cela, il faut innover. À Nantes, les entreprises bénéficient de l'IRT pour innover, mais pas seulement. Le pôle EMC2, les actions de la CCI ou de la Région, avec par exemple le programme Dynamic, permettent aux entreprises de monter en compétences.
Outre la conjoncture, les entreprises souffrent également de problématiques de financement ?
Ce sont les effets de Bâle 3 avec des banques plus prudentes en matière de financement des entreprises. L'accès au crédit ou au cautionnement bancaire est devenu très difficile. On peut d'ailleurs se demander si les outils de financement sont aujourd'hui en adéquation avec les enjeux industriels. C'est ce qui fait que l'on voit émerger des alternatives en matière de financement avec par exemple des entreprises qui se regroupent pour créer une structure commune et obtenir ainsi des lignes de cautionnement, indépendamment des banques.
Comment les entreprises industrielles traversent-elles la période actuelle ? Et quels freins rencontrent-elles ? Entretien avec Philippe Novelli, président de l'UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie) en Loire-Atlantique.