Depuis l'effondrement de Lehman Brothers, on la croyait définitivement perdue. Enterrée six pieds sous terre ou réservée exclusivement à des économies lointaines et exotiques. Pourtant, voilà de nouveau la croissance qui pointe le bout de son nez. Dans les Pays de la Loire, l'activité industrielle pourrait progresser cette année de 3 %. Folle prévision d'un économiste déjanté ? Énième promesse d'un politicien béat ? Pas du tout : ce sont les industriels des Pays de la Loire eux-mêmes qui estiment que leur chiffre d'affaires pourrait progresser de 3 % en 2015. C'est ce que révèle une étude de la Banque de France, réalisée auprès de 1.950 entreprises de la région.
3 % et pas d'inflation
Certes, on est loin du dynamisme chinois (7,4 % de croissance en 2014, ce qui constitue d'ailleurs le pire score réalisé par la Chine depuis un quart de siècle). Certes, comme le dit Roger Martineau, directeur de la Banque de France pour les Pays de la Loire, « 3 % de croissance, ce n'est pas impressionnant ». Mais, en 2015, « les prix ne vont pas augmenter, ni dans la zone euro, ni en France. Donc, 3 % ce n'est pas si mal, car c'est vraiment du volume », poursuit le Nantais. Outre l'opinion des chefs d'entreprise de la région, le directeur de la Banque de France voit une convergence de facteurs allant dans le sens d'« une reprise modérée de l'activité » : la diminution du prix du pétrole, la baisse de l'euro ou les coûts du financement historiquement bas, aussi bien pour les entreprises que pour les ménages.
Ces industries dynamiques
Dans ce contexte national, des pans entiers de l'industrie régionale retrouvent des couleurs. Après une année atone en 2014, l'agroalimentaire table ainsi désormais sur 3 % de croissance. De son côté, malmené ces dernières années, le fabricant de bateaux vendéen Bénéteau anticipe plus de 20 % de croissance sur son exercice 2014 / 2015. Dans le même temps, le chantier naval nazairien STX France (2.300 salariés) a spectaculairement redressé la barre en quelques mois et n'en finit plus aujourd'hui de prendre des commandes de paquebots géants. Le redressement est moins spectaculaire pour le fabricant d'engins de manutention Manitou (3.300 salariés). Mais il est bien réel. Et après les 6 % de croissance réalisés en 2014, le groupe d'Ancenis anticipe une progression de 3 % cette année. Quant aux entreprises de l'aéronautique, elles ne cessent d'accroître leurs capacités de production, tirées par la forme olympique d'Airbus.
Investissement et rentabilité en hausse
Si les affaires tendent à revenir, la rentabilité aussi. « Les chefs d'entreprise s'attendent à une amélioration de leur rentabilité », assure Roger Martineau. Ce surplus de confiance pourrait générer cette année un accroissement de 13 % de l'investissement industriel. Il s'agit de la plus forte hausse enregistrée par la Banque de France depuis six ans. La banque centrale française recense ainsi plus d'un milliard d'euros de projets d'investissement en 2015, chiffre forcément incomplet puisque ne prenant en compte que les réponses obtenues par l'enquête. Reste que ces signaux positifs ne rejaillissent pas sur l'emploi, les dirigeants d'entreprise anticipant une très légère dégradation (0,4 %) de leurs effectifs. « Pour créer des emplois industriels, il faut peut-être une croissance plus dynamique », commente Roger Martineau. En 2016 ?
Conjoncture Les industriels des Pays de la Loire anticipent 3 % de croissance en 2015, une relance de 13 % de l'investissement et une hausse de la rentabilité.