Une entreprise sur deux qui a vécu un incendie ne s'en relève jamais. C'est statistique. Dans le Morbihan, en l'espace de deux ans, on recense pas moins de 132 sinistres en entreprises. De plus ou moins grande ampleur. Les plus médiatiques: la galerie Plisson à Crac'h en septembre2010, Capitaine Houat à Lorient en août2011. Et rien que cette année, déjà quatre incendies spectaculaires: le magasin de bricolage Brico-Pro à Baud le 1erjanvier, l'Intermarché de Surzur le 17février, les Gourmandises de Brocéliande à Ploërmel le 6avril et deux magasins à Lanester le 13.
L'agroalimentaire vulnérable
C'est sans compter les incendies des abattoirs Celtys à Plouay en janvier2011, de la biscuiterie désaffectée de Saint-Tugdual en mars et d'un site de la Cecab à Noyal-Pontivy en juillet de la même année. «L'industrie agroalimentaire fait partie des secteurs les plus vulnérables», commente Arnaud Turmel, directeur général adjoint de Gras Savoye Ouest AFR, courtier en assurance spécialisé dans les risques. Derrière les aciéries, les cimenteries, les verreries, et devant les entrepôts et les commerces. Trois principales causes à ces sinistres: une défaillance électrique, le travail sur un point chaud ou bien une malveillance ou une négligence. Capitaine Houat, victime d'un acte criminel, a eu la chance d'être soutenu par l'Audélor et la collectivité lorientaise. «Dès le lendemain matin, j'étais devant l'entreprise. Je me suis invité à une réunion de crise», raconte Philippe Leblanche, directeur de l'Audélor. Il fait jouer ses contacts. Aussitôt la production est relocalisée dans la criée 4 sur le port de pêche. En moins d'une semaine, le site de Lanester, où se construit la nouvelle usine, est réservé. À Ploërmel, la solidarité de la collectivité a également permis de reloger le personnel administratif des Gourmandises de Brocéliande dans la pépinière d'entreprises. Pendant que François Schlienger, le dirigeant, enchaîne réunion sur réunion avec experts, assurances et gendarmes, Amélie Daniel, la responsable ressources humaines arrivée en janvier dernier, s'occupe de rassurer les équipes de production. Et de trouver des solutions en fonction des problématiques sociales de chacun. Quant au redémarrage de l'activité, François Schlienger assure que «les choses se dessinent».
Un traumatisme
Pour autant, l'incendie reste un traumatisme pour l'ensemble de l'entreprise. «Dans les premiers jours, le dirigeant a autre chose à penser que le montant du capital qu'il a pu déclarer auprès de ses assurances», indique Arnaud Turmel. Être bien assuré sur sa perte d'exploitation est primordial. Calculée sur la marge brute et les résultats de l'exploitation, et réévaluée une fois par an, cette indemnité doit permettre à l'entreprise de redémarrer comme si rien ne s'était passé. «Avec une situation financière qui aurait été la sienne s'il n'y avait pas eu d'incendie», ajoute le courtier.
Un million d'euros en fumée
Ce qui n'est pas le cas de Philip Plisson. L'incendie de sa galerie s'est soldé par le licenciement de 25 de ses 36 collaborateurs. Garder ses salariés le plus longtemps possible a tout de même coûté 500.000euros à l'entreprise alors qu'aucune recette ne rentrait. «Il nous a fallu six mois et 140.000euros pour reconstituer la photothèque restée dans des disques informatiques très endommagés et ainsi pouvoir repartir avec des reproductions», indique le photographe. Il y a un an, la société renaissait de ses cendres. La principale compagnie d'assurance signait un chèque d'1,360million d'euros pour le remboursement du bâtiment. «Un bâtiment estimé à 1,4million d'euros, construit en 2006 et que nous devions rembourser durant douze ans». L'indemnisation est partie majoritairement en remboursement d'Oséo. Ce qu'il reste aujourd'hui, c'est la valeur du terrain. Et un trou d'un million d'euros en perte d'exploitation. Si aujourd'hui, Philip Plisson avoue ne plus avoir aucun soutien de ses banques, il affiche pourtant sa détermination à repartir. «Je suis condamné à travailler jusqu'à 70 ans pour redonner de la valeur à l'entreprise. Me donner les moyens de finir ma vie correctement», indique celui qui espère avoir fini de rembourser les conséquences de cet incendie en septembre prochain. «Et ensuite, je pourrai y voir plus clair. Mais plus jamais il n'y aura de showroom», assure-t-il. À moins qu'un investisseur privé ne l'accompagne.
Nouvelles contraintes
En revanche, pour Marc Pallon, président de la société exploitante de l'Intermarché de Surzur, le projet est clair: reconstruire en lieu et place de l'ancien supermarché. Sauf que les expertises sont toujours en cours. Et les pertes pas encore totalement chiffrées. Depuis mars, les contraintes s'accumulent. «Aujourd'hui, nous sommes dépendants des nouvelles normes sismiques», indique-t-il. «L'autorisation de reconstruction est compliquée à obtenir. Pourtant je dois aller très vite, pour mes salariés et mes clients.» En effet, 17 salariés sont dans l'attente de la reprise. Deux ont déjà réembauché à la station-service. Dans les premiers temps, Marc Pallon estimait une réouverture six à sept mois plus tard. Aujourd'hui il concède que printemps 2013 serait un bon délai. Comme d'autres dirigeants, Marc Pallon s'interroge: «Je ne comprends pas pourquoi il n'y a pas de procédure simplifiée pour ce genre de cas».
Violaine Pondard
En deux ans, le Morbihan a connu une dizaine de gros incendies d'entreprises, d'industries ou de commerces. Si les drames humains ont pu être évités, les conséquences financières et sociales, elles, sont colossales.