Sujet tabou : l'illétrisme n'est pourtant pas si rare en entreprise. Comprendre des consignes écrites sur un tableau, transmettre l'information à ses collègues, envoyer un mail, saisir des données... Toutes ces missions élémentaires peuvent s'avérer difficiles pour un salarié qui pendant 20 à 30 ans a été habitué à des tâches techniques et manuelles et qui a quitté le système scolaire il y a longtemps. La lutte contre l'illétrisme est le corrolaire d'un autre grand chantier des
formations à venir en entreprise : l'informatisation. En effet, de plus en plus d'entreprises de petites et moyennes tailles sont amenées à transformer en profondeur leur organisation. Et à passer au tout informatique. Si les missions de secrétariat, comptabilité, gestion, paies, devis et factures sont souvent déjà informatisées, d'autres points de l'organisation d'une entreprise vont également devoir y passer. Gestion des plannings, contrôle de la production, gestion des stocks et des achats, veille informative... Les grandes entreprises ont sauté le pas il y a bien longtemps. Mais dans les petites structures, cette révolution informatique n'ira pas sans heurts face à des salariés pas toujours en phase avec les nouvelles technologies. «Les entreprises s'automatisent de plus en plus», reconnaît Gérard François, directeur du groupement d'employeurs Activy à Pontivy. «Le besoin de faire progresser les salariés se fait sentir.»
12 millions d'euros au niveau national
Au niveau national, une enveloppe de douze millions d'euros est dédiée à la formation pour renforcer les socles de compétences. «100 % des coûts pédagogiques sont pris en charge», explique Jean-Marc Belz, directeur de l'agence collecteur de fonds pour la formation en entreprise Opcalia à Vannes. Car dans l'accès à un minimum de compétences en informatique vient se greffer cette problématique: la nécessité des savoirs fondamentaux. «Comme lire, écrire, compter...», complète Jean-Marc Belz. «C'est souvent au moment d'un basculement d'organisation de l'entreprise que les dysfonctionnements sont constatés. En premier lieu, les dirigeants se demandent si c'est le process de l'entreprise qui est mis en cause. Et ensuite, se pose la question du salarié.» Chez Activy, une seconde session de formation de lutte contre l'illétrisme est lancée cette année, grâce au concours d'Opcalia Bretagne.Une formation qui coûte 3.900 euros par salarié. Deux ouvriers sont concernés sur le territoire pontivyen.
Apporter du confort de travail
«Les dirigeants se demandent si les salariés ne comprennent pas ce qui leur est demandé ou s'ils ne savent pas utiliser le matériel», poursuit Jean-Marc Belz. «Jusqu'alors les salariés avaient une stratégie pour contourner le problème, désormais ce n'est plus possible.» Industrie agroalimentaire, hôtellerie, restauration, d'après Jean-Marc Belz il n'y a pas de secteur plus touché qu'un autre par l'illétrisme. «On estime entre 7% et 10% des personnes en capacité de travail celles qui sont touchées par des difficultés pour lire et écrire», complète-t-il. Problème : comment les identifier ? Et comment les former ? «Il ne s'agit pas de les brusquer et de les renvoyer à l'école. La formation proposée est liée à leur environnement de travail et doit leur apporter du confort.» Une cinquantaine de collaborateurs dans une entreprise morbihannaise reçoivent la formation. Et d'autres salariés sont suivis de manière individuelle. Avec un parcours français langue étrangère parfois. «Nous réalisons en permanence des diagnostics en entreprise pour identifier les salariés qui ont besoin de cette formation», ajoute Jean-Marc Belz.
7 à 10 % des salariés ont des difficultés pour lire et écrire. Ce sujet sensible est aujourd'hui révélé par la nécessité d'informatiser et d'automatiser les entreprises. Le plus dur n'est pas de former, mais d'identifier le problème.