Après plusieurs années de turbulence, l'industrie agroalimentaire bretonne et notamment morbihannaise reprend des couleurs. A la crise d'une ampleur inédite succède une période de profonde mutation du secteur, qui demeure le premier employeur breton. « Certains ont pu voir dans cette spécialité bretonne une source de fragilité, considérant peut-être qu'à l'heure d'internet et de l'économie de service, l'industrie de l'aliment ne proposait que peu de perspectives d'avenir. Rien n'est plus faux et nous le constatons tous les jours », défend ainsi Jean-Yves Le Drian, le président du Conseil régional. La publication des cartes de la Bretagne agroalimentaire 2016-2018, réalisées par Bretagne Développement Innovation avec le concours du Conseil régional, de l'Observatoire économique des IAA, de la Coceb et de la CCI Bretagne, est tombée à point nommé et vient illustrer une tendance de fond dans la région : de nouvelles unités de taille plus modestes se développent sur des segments à plus forte valeur ajoutée. Produits élaborés crus, saumurés, cuits... L'IAA bretonne est en train d'adapter son outil de production dans une double optique : s'ouvrir davantage aux besoins des consommateurs européens et mondiaux et segmenter plutôt que de créer des mastodontes aux pieds d'argile.
Plats préparés : voyants au vert
C'est particulièrement vrai dans le Morbihan, département jusqu'ici très représentatif de cette prépondérance des grandes unités, notamment dans le porc et la volaille. Un phénomène de montée en gamme est en cours dans la transformation et les plats préparés (charcuterie, salaisons, conserves à base de porc). La récente annonce de Guyader Gastronomie de reconfigurer son unité de Kervignac afin de développer les activités traiteur et surgelés est un exemple. Sovipor est également engagé dans un tel mouvement de valorisation produits. Le Morbihan tire son épingle du jeu sur le segment des plats cuisinés et des produits traiteur, filière déjà surreprésentée en Bretagne sud (Morbihan et Cornouailles) où près des trois quarts de l'emploi y sont concentrés. L'érosion de l'emploi s'est enfin arrêtée depuis le début 2016.
Au palmarès de la valeur ajoutée
Ces segments font d'ailleurs partie de ceux qui dégagent le taux de valeur ajoutée le plus élevé, après la boulangerie et la pâtisserie (entre 50 et 60 % de valeur ajoutée contre 30 % dans la charcuterie et 20 à 25 % dans la fabrication de plats préparés, selon Insee/Esane). Le segment de la boulangerie et de la pâtisserie est ici bien représenté (Delifrance, Le Ster, Régalette, La Trinitaine, Pâtisseries gourmandes, Gaillard, Armorine, Louis Le Goff...). « L'IAA est l'une des industries qui innove le plus et évolue le plus rapidement. C'est au croisement avec les domaines du numérique, de l'énergie ou de la robotique que naissent les innovations les plus fécondes », défend le président de Région.
Premiers effets
Pour autant, la consolidation de l'emploi et les restructurations du secteur produisent-elles des effets sur la valeur ajoutée ? Trop tôt pour le dire. Depuis 2013, le PIB par emploi breton a « décroché », s'éloignant des ratios moyens (66.400 euros par emploi et par an en Bretagne contre 70.200 euros en moyenne en province et 78.300 euros en métropole), la faute à l'IAA et au bâtiment. « L'écart avec la province en défaveur de la Bretagne (-3.800 ?) est le plus important depuis 1990 », s'alarme l'Insee dans son flash de juillet 2016.
Morbihan : +0,4 % dans l'IAA au 2e trimestre
Ainsi l'agroalimentaire a-t-il été le secteur industriel le plus créateur d'emplois au deuxième trimestre 2016 avec un solde positif régional de 2.690 créations, toujours selon l'Insee. La hausse a été la plus marquée en Ille-et-Vilaine (+0,8 % soit +2.020 emplois) et dans le Morbihan (+0,4 % soit +540 emplois). L'emploi a également progressé dans le Finistère mais de façon plus modérée (+ 0,1 % soit + 260 emplois) tandis que les Côtes-d'Armor ont affiché un solde négatif au 2e trimestre 2016 (-0,1 % soit -130 postes) alors que l'emploi costarmoricain semblait stabilisé au trimestre précédent. Ce rebond est d'autant plus intéressant à souligner que l'industrie d'une manière générale a affiché une croissance zéro au deuxième trimestre. Il correspond même à la moitié de la croissance des services marchands hors intérim (+0,8 %), secteur traditionnellement plus porteur. Les annonces récentes et le regarnissage des carnets de commande de l'IAA devraient se traduire par une confirmation de tendance aux 3e et 4e trimestre 2016.