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Hôtellerie haut de gamme : Rennes voit-elle trop grand ?
Rennes # Hôtellerie # Investissement

Hôtellerie haut de gamme : Rennes voit-elle trop grand ?

Alors que la BPO quitte ses locaux vacants en centre-ville de Rennes, pour les laisser à un futur hôtel, la Ville a renoncé au projet Palais Saint-Georges. Rennes avait-elle vu trop grand, d'autant que les hôtels déjà présents ne font pas le plein ? Notre enquête.

Finalement, le projet d'hôtel au Palais Saint-Georges, à Rennes, ne se fera pas. La nouvelle est tombée le mois dernier, sans beaucoup de communication de la part de la Ville. Peur ? Honte ? Embarras ? Déception ? L'effervescence autour de ce projet d'envergure, pour ce bâtiment imposant est en tout cas retombée. Mais pas les questions autour de l'offre hôtelière dans la capitale bretonne, qui restent les mêmes : n'y a-t-il pas déjà assez d'hôtels ? Certainement pas, pour le couple Blot-Legendre, qui a acquis l'ancien hôtel particulier de la BPO, rue de la Monnaie, en prévoyant d'y installer un hôtel de luxe avec 120 ou 130 chambres, estampillé d'une marque internationale. Cet élément a-t-il joué en la défaveur du projet Saint-Georges ? C'est en tout cas l'un des éléments ayant poussé la Ville à annuler le projet. Pour Sébastien Sémeril, premier adjoint au Maire de Rennes, ce pas en arrière est dû à plusieurs événements cumulés. « Lancée en 2013, la consultation avait fait émerger des projets intéressants, et nous ne pouvions plus faire attendre ces interlocuteurs », souligne l'élu. (ndlr : quatre dossiers étaient en lice : Cogedim-Nox-Intercontinental, Adim Ouest - Naos - Louvre Hôtels, Geco-Starwood Hôtels & Resorts, Bâti Armor-Lecoq Gadby).




Pacte de responsabilité

Or, avec l'arrivée du pacte de responsabilité, les budgets des collectivités ont dû être revus, et Rennes n'est plus sûre de pouvoir investir ailleurs pour reloger ses services qui occupaient le Palais. « Nous avons été obligés de revoir notre programme d'investissement et de fonctionnement », avoue Sébastien Sémeril. De plus, « autre élément contraignant : le projet de relogement des pompiers présents au Palais Saint-Georges est dans l'incertitude ». Ils devaient être relogés sur la zone Baud-Chardonnet en construction, « y compris dans une logique de modernisation, mais nous avons beaucoup d'incertitudes sur le rétroplanning ». Les pompiers n'auraient pu déménager avant 2019... Donc les travaux de l'hôtel n'auraient pu commencer avant, évidemment ! Pour assurer un nombre de chambres haut de gamme suffisant à l'ouverture du centre de congrès, prévu en 2018, c'est donc l'autre élément qui a fait abandonner le projet. « Les équipes du centre de congrès ont déjà commencé à commercialiser les salles pour des événements, qui vont souvent de paire avec une offre concrète d'hébergement. Souvent, les organisateurs cherchent une centaine de chambres en un même lieu ». Un accueil optimal n'est donc pas possible pour Destination Rennes. C'est là que le projet privé des groupes Blot et Legendre arrange donc bien la mairie, qui peut alors se reposer sur cette initiative qui tombe à pic. « Il sera effectif pour l'ouverture du centre de congrès, les acteurs sont en capacité de le livrer pour 2018 ». Pour Gilles Legendre, président du club hôtelier de la métropole rennaise, la raison est peut-être aussi ailleurs : « À mon avis, les groupes financiers qui s'étaient positionnés pour le palais Saint-Georges ont dû se dire que le loyer allait être trop cher (dans le cadre du projet, la Ville restait en effet propriétaire du bâtiment), et que cela n'allait pas être rentable très vite »...




Pour le centre de congrès

Pour cet hôtelier rennais (hôtel Anne de Bretagne), les grandes villes « veulent toutes des hôtels de luxe aux enseignes reconnues internationalement. Mais s'il y avait un potentiel important dans le luxe à Rennes, les grandes chaînes internationales y seraient déjà ! » Pourtant, le promoteur immobilier rennais David Blot et le groupe de BTP Legendre semblent croire au besoin en un tel hôtel. Ils ont en effet pris en compte l'arrivée prochaine de nombreux congressistes, grâce à la construction du centre de congrès au couvent des Jacobins. Mais pour ces acteurs locaux privés, le projet de la rue de la Monnaie ne revêt certainement pas les mêmes enjeux. Pour Blot, c'est un investissement immobilier, à un endroit stratégique, même s'il n'est pas rentable tout de suite. Pour Legendre, spécialiste du bâtiment, le chantier aura un coût relativisé par l'emploi, certainement, d'une partie de ses structures...




Prix en chute libre

En 2018, Rennes proposera donc « une offre très normée, avec presque que des chaînes hôtelières, regrette pour sa part Véronique Brégeon, propriétaire de l'hôtel indépendant Lecoq-Gadby, et qui faisait partie des candidats au Palais Saint-Georges (avec Bâti-Armor). Aujourd'hui, il n'y a pas la clientèle pour le luxe à Rennes, et les prix ne correspondent plus, car il y a tout simplement trop d'hôtels. Le luxe en hôtellerie ne veut plus rien dire ! ». Reste à savoir en effet quels prix seront pratiqués, et si, réellement, le luxe y fera sa place à l'avenir. Car actuellement, la tendance est plutôt à la baisse des tarifs de la nuitée... « Peut-être aussi parce que les entreprises rognent sur les frais de leurs cadres en déplacement », constate Véronique Brégeon. Le Balthazar propose des chambres à partir de 130€, plus près du tarif 4 étoiles... De quoi inciter à remplir plus facilement ses chambres ? À en croire leur refus de communiquer sur leurs résultats, on peut penser qu'ils ne sont pas si flatteurs... De même l'hôtel Isidore (4 étoiles) propose un prix d'appel à partir de 71,10€ par nuit ! Une hôtellerie pas chère va peut-être inciter les congressistes à choisir la... Destination Rennes !

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