C’est un déplacement au salon "Rebuild Ukraine", organisé à Varsovie en novembre 2023, qui a convaincu le dirigeant de HK Courses, Sébastien Haulet : "Au moment où la guerre avec la Russie va s’arrêter, le jour où la paix sera signée, dans six mois ou dans six ans, il faudra reconstruire l’Ukraine. Et à ce moment-là, il va y avoir un tel volume d’activité que ça va être un capharnaüm. L’idée, c’est d’être prêt pour ce moment-là et de pouvoir développer de façon très importante l’activité de HK". Employant un total de 38 salariés sur quatre sites en France pour 15 millions d’euros de chiffre d’affaires, HK Courses est un transporteur basé à Phalsbourg, en Moselle, déployant des solutions de transport express ou encore d’affrètement national et international.
Plusieurs leviers de croissance
"Nous réalisons 80 % de notre activité en tant que commissionnaire de transport en France et à l'international, et nous organisons déjà des transports pour des clients dans l’agroalimentaire, essentiellement depuis notre site de Pau vers l’Ukraine", retrace Sébastien Haulet. Actionnaire majoritaire et PDG de la PME depuis 2019, le dirigeant a identifié plusieurs leviers de croissance, notamment la stratégie digitale : le site HK draine 60 % des nouveaux comptes de l'entreprise chaque mois. Autre levier : l’international : "J’ai toujours voulu internationaliser HK Courses", pose Sébastien Haulet, qui a donc choisi l’Ukraine pour ouvrir sa première filiale hors des frontières de l’Hexagone.
Être rentable dès le premier exercice
En investissant en Ukraine, le dirigeant veut capter une partie des flux de marchandises qui circuleront à la fin du conflit avec la Russie, envoyées depuis l’Europe pour reconstruire le pays. Sébastien Haulet a présenté le plan à la mi-juin à son conseil d’administration. La filiale a été créée en septembre 2024. "L’idée est bien de prendre position dans le pays", pose Sébastien Haulet, qui estime que dès le premier exercice complet, l’activité sera rentable : "Nous devrions atteindre le million d’euros de chiffre d’affaires", estime le dirigeant de HK Courses.
Employer de "5 à 10 personnes" localement
Deux personnes ont déjà été embauchées en Ukraine, et Sébastien Haulet s’apprête à intégrer deux nouvelles recrues. L’objectif est d’atteindre un effectif compris entre "cinq et dix personnes". L’investissement, soit essentiellement les salaires, doit peser "quelques milliers d’euros par mois" sur les comptes de HK Courses. "Prendre position ne signifie pas que nous allons attendre la fin de la guerre pour travailler. Il y a déjà des besoins de transport, la France est le premier employeur en termes de nombre de salariés dans le pays et nous opérons déjà pour des clients afin de devenir rentable très rapidement", fixe Sébastien Haulet.
Les premiers pas sur le marché ukrainien sont encourageants. "La filiale sera autonome avant la fin de l’année", assure le dirigeant de HK Courses, qui veut arriver rapidement à une taille lui permettant d'être représentatif en Ukraine, et être prêt "quand la guerre s’arrêtera".
Des financements pour reconstruire le pays
Avant de reprendre HK Courses, le dirigeant lorrain a sillonné le monde et connaît bien l’Europe Centrale et l’Ukraine. "Je parle russe, ce qui facilite la compréhension des enjeux, comme dans n’importe quel pays", concède Sébastien Haulet. "Mais plus que la langue, c’est ma compréhension de leur manière de faire des affaires qui a été clé dans la décision et dans les choix stratégiques." Pays gangrené par la corruption avant la guerre, l’Ukraine évolue progressivement sous la pression de la communauté internationale. "La France, l’Europe et les États-Unis travaillent déjà à la mobilisation des financements nécessaires à la reconstruction du pays", souligne le dirigeant de HK Course. "Il est évident que les flux financiers devront être fléchés vers la reconstruction et ne pas disparaître comme par magie. Donc cela fait évoluer leur manière de faire des affaires."
Des compagnies qui n’assurent plus les risques
Concrètement, le dirigeant a dû solliciter l’aide d'avocats, de société de comptabilité, de cabinet de recrutement, et du réseau consulaire, dont Business France et la CCI France Ukraine. "Et il est possible de faire du business en Ukraine sans céder à la corruption", tient à rappeler Sébastien Haulet. Du fait de la mobilisation des capitaux pour l’effort de guerre, rapatrier des profits réalisés dans le pays sur une holding basée à l’étranger reste un point délicat. Au niveau des assurances, "les grandes compagnies n’assurent pas le risque dans un pays en guerre", regrette Sébastien Haulet. "Donc, c’est aussi pour cela que nous avons recours à des véhicules et des conducteurs ukrainiens, et uniquement ukrainiens. Et pour la marchandise, nous souscrivons à la demande du client des assurances ad valorem, assurance que nous devons souscrire auprès de prestataires ukrainiens."