«Une entreprise isolée est une entreprise potentiellement en danger». Cette maxime du sénateur vendéen Bruno Retailleau (cf. interview dans Le Journal des Entreprises de mai2010) résume parfaitement l'état d'esprit du moment. À l'heure de la mondialisation et de la culture de l'instantané, une entreprise prend des risques en restant seule. Surtout en France où le tissu économique est majoritairement constitué de PME plus petites que dans les autres pays européens comme l'Allemagne. S'offrent alors à elles deux options pour émerger dans le jeu mondial et face aux nouvelles politiques industrielles des grands groupes: la croissance externe, gourmande en capitaux, ou la stratégie d'alliance, plus facile à mettre en oeuvre d'un strict point de vue financier, mais plus compliquée à réaliser culturellement parlant. Pourtant, les mentalités sont en train de changer. Si la France ne peut pas encore se vanter d'avoir le même niveau de performance en matière d'alliances d'entreprises que les districts industriels italiens, les choses tendent tout de même à évoluer.
Des SPL aux «grappes»
Les alliances entre les entreprises et leur environnement- centres de recherche et de formation- constituent clairement l'un des grands axes de la politique industrielle de l'État. Depuis la mise en place des Systèmes Productifs Locaux (SPL) par la Datar en 1998 jusqu'à la création des pôles de compétitivité en 2004. Dans la foulée, la Région Midi-Pyrénées a initié, par l'intermédiaire du Schéma régional de développement économique de 2007, une politique favorisant l'émergence de filières d'excellence: aéronautique, agro-industries, biotechnologies, logistique, mécanique, textile, TIC, etc. Sous des formes diverses, des alliances et regroupements d'entreprises ont ainsi vu le jour sur le territoire, sans que l'on en connaisse forcément toujours les contours. Combien sont-ils vraiment? «Une dizaine de clusters en devenir», selon Robert Castagnac, commissaire à la réindustrialisation et correspondant régional pour l'appel à projets «grappes d'entreprises» de la Datar. Plus que leur nombre, c'est leur logique qui importe. Car tous ont pour but de développer une offre commune, de démarcher de nouveaux clients, de mieux répondre aux exigences des donneurs d'ordres ou d'attaquer des marchés internationaux. Par rapport aux pôles de compétitivité, ce sont des structures souples, qui peuvent faire de l'innovation sans un lourd programme de R & D et dont les problématiques débouchent rapidement sur des enjeux de marché.
Une 2e vague de sélection au second semestre
Pour encourager ce frémissement, l'État a lancé en octobre dernier via la Datar un appel à projets doté d'un budget spécifique de 20M€. Clos en décembre, il vise à soutenir la dynamique des «grappes d'entreprises» (traduction canadienne du terme anglo-saxon business cluster, cf. encadré ci-contre), «dans le même esprit que celui des pôles de compétitivité, à savoir: créer du réseau entre des entreprises qui ont un même ancrage territorial», souligne Aurélie Bray, responsable Développement Industriel et Technologique à la Direccte Midi-Pyrénées. L'objectif de l'État est ainsi d'offrir une visibilité nationale et européenne aux clusters français et de les soutenir financièrement, tant au niveau des projets que de l'animation du réseau. Au total, 112 clusters français ont déposé un dossier, dont quatre originaires de Midi-Pyrénées: Enermasse (valorisation des déchets issus de la biomasse), Mecaforum (essais automobiles sur circuits), Mecanic Vallée (mécanique de précision) et Saveurs Midi-Pyrénées (alimentation plaisir). Dans un premier temps, l'État a privilégié les clusters existants et suffisamment matures. Une façon de montrer l'exemple. Conséquence: un nombre restreint de dossiers a été retenu. Sur les 42 «grappes» sélectionnées, une seule- la Mecanic Vallée- a un pied en Midi-Pyrénées, contre huit par exemple en Rhône-Alpes, quatre en Bretagne ou deux en Paca. Difficile d'interpréter ces résultats avant la fin de la seconde vague de sélection- cette fois ouverte à des projets émergents- qui est programmée au cours du second semestre 2010. Au final une centaine de clusters devraient bénéficier du soutien étatique.
Après plus de deux mois d'attente, l'État a désigné, début mai, les 42 «grappes d'entreprises» jugées exemplaires sur le plan national. Si en Midi-Pyrénées, seule la Mecanic Vallée peut désormais se prévaloir de cette distinction, d'autres groupements d'entreprises devraient se positionner lors de la seconde vague de cet appel à projets. Le reflet d'une tendance forte des PME à s'unir pour se développer.
Dossier réalisé par Aline Gandy et Marie Lepesanten collaboration avec l'édition de Loire-Atlantique