La SAS Eugène Lambert, entreprise familiale de fabrication de monuments funéraires de Chauvigné a subi la crise mondiale de 2008 de plein fouet. Placée en procédure de sauvegarde, elle a réussi à relever la tête depuis deux ans, grâce au pouvoir du « Made in France » mis en avant par les médias et les politiques. L'entreprise, qui réalise 3,5 millions d'euros de chiffre d'affaires (2016) a même dégagé du bénéfice : 141.100 euros de résultat net. « Mais depuis huit mois, on ne parle plus que des élections, de l'Europe, du libéralisme, de l'ouverture à tout, c'est la "Macronmania" ! », constate Bruno Lambert, dirigeant depuis 2000 de l'entreprise créée par son père en 1962. Les commandes de monuments funéraires baissent de nouveau. De quoi présager d'une année 2017 moins bonne...
Les produits importés de Chine moins chers
« Nos clients (des sociétés de pompes funèbres, marbriers) privilégient la revente de produits fabriqués en Chine, sur lesquels ils se font une marge dix fois plus importante que sur nos monuments fabriqués en France », s'insurge le dirigeant. Pour le consommateur, le prix d'un monument en granit issu d'ateliers français ne serait pourtant que légèrement supérieur (mais la marge moindre)... Bruno Lambert a bien essayé d'apposer une étiquette « Fabrication française » sur ses produits... « Mais comme mes clients revendeurs indépendants disparaissent tous, rachetés un par un par des groupements qui pensent "argent, marge, bénéfice" (PFG, Harmonie Mutuelle, Funécap, Choix Funéraire), leurs centrales d'achat privilégient l'importation ». Pourtant, Bruno Lambert a fait le calcul : « Si les politiques incitaient davantage au made in France, luttaient contre la concurrence déloyale, taxaient plus les importations, l'industrie repartirait. Si 10 % des achats de monuments funéraires revenaient vers des produits français, nous serions submergés, nous devrions investir, et nous embaucherions ! »
400.000 euros investis
Le dirigeant a l'impression de ne pas être entendu. Avec ses confrères de la profession, ils voudraient que l'État oblige l'affichage de la mention « Fabrication française » en magasins. En attendant, il se bat pour maintenir son activité et ses emplois. Il a encore trois ans pour faire ses preuves. Il vient donc d'acheter de nouveaux équipements, dont une machine à commande numérique. Sur les 400.000 euros dépensés, 50.000 euros sont sortis de sa poche, et il attend toujours les 104.000 euros d'avance remboursable pourtant déjà accordés par la Région... Mais le temps presse ! En 2008 déjà, il avait pris le taureau par les cornes, se résignant à se lancer lui aussi dans le négoce et l'importation, pour ne pas couler et proposer à son catalogue ce que ses clients demandent. 35 % de son activité est aujourd'hui apportée par le négoce. « Un comble », constate Bruno Lambert : « être obligé d'importer de Chine pour continuer de faire tourner mon usine en France ! »
Une innovation bientôt brevetée
Le dirigeant a également misé sur l'innovation pour se démarquer de la concurrence et essayé de faire la différence. Il vient de déposer un brevet (en cours d'instruction) pour son nouveau produit, Evolus35. Un concept qui permet de personnaliser son monument funéraire avec des modules simples (30 x 30 ou 30 x 60) ou plus complexes (en formes de boule, de lune ou autres...). Un pari sur l'avenir dans un marché chahuté.