Le 18juillet, Alain Juppé, maire de Bordeaux, désignera le constructeur du futur grand stade de Bordeaux qui accueillera les matchs de l'Euro 2016. Trois candidats sont en lice pour le construire: Lavalin, Barclay's, Eiffage avec les architectes Arsène-Henry, Triaud et Ferret; DV construction (filiale de Bouygues) avec les architectes Valode et Pistre; Vinci concession avec Fayat et les architectes Herzog et de Meuron. Le projet budgété à 165M€ sera financé dans le cadre d'un partenariat public-privé (PPP). La ville de Bordeaux, la Cub et le conseil régional d'Aquitaine donneront 15M€ chacun, l'État 28M€, les Girondins de Bordeaux 20M€ au moment de la livraison (plus un loyer annuel sur 30 ans pas encore déterminé), le partenaire privé devant investir 72M€.
Un nouveau stade pour quoi faire?
Pourquoi la mairie de Bordeaux appuyée par les Girondins a-t-elle décidé de construire un nouveau stade de 43.500 places à Bordeaux-Lac dans un contexte économique difficile? «Il y a plusieurs raisons, explique Thierry Guichard, le chargé de mission à la mairie de Bordeaux. Tout d'abord Chaban-Delmas ne répond plus au cahier des charges imposé par l'Euro 2016. Il n'est plus assez moderne. Surtout, parce que l'agglomération y a un intérêt économique certain.» Une affirmation basée sur des études menées en Allemagne après la Coupe du monde 2006 qui démontrent que les villes qui ont construit un stade ont permis à leurs clubs de foot de fortement accroître leurs revenus et par là même, de développer l'économie locale. «Nous n'avons pas à proprement parler fait d'étude sur les retombées économiques possibles pour Bordeaux et son agglomération, ajoute Thierry Guichard. Mais, soyons clairs, les clubs sont des machines à business.Ils sont de véritables entreprises qui créent de l'activité. Une richesse qu'ils réinjectent dans le tissu local.» Business: le mot est lâché. Mais quel est-il et quel est l'intérêt d'avoir un nouveau stade pour le développer? Les revenus des clubs de foot se divisent en quatre catégories: les droits télé, le sponsoring, les recettes "jour de match" et les produits dérivés. Or les clubs français, Girondins compris, ont un budget beaucoup trop dépendant des fameux droits télé (62M€ pour 2008-2009 pour les Girondins sur un budget de 100M€) et des recettes "jour de match" relativement modestes (10M€ pour les marines et blanc).
Multiplier par deux les recettes de billetterie
Une étude menée en 2010 par Sportfive, une agence de gestion des droits marketing et audiovisuels sportifs, montre que la part des revenus "jour de match" représente 14% des budgets en France contre 29% en l'Angleterre, 23% en Allemagne et 28% en Espagne. Le défi est donc de développer ces recettes de billetterie et notamment celles qui rapportent le plus aux clubs: les places dites à prestations. L'étude Sportfive décrit ainsi le cercle vertueux d'un nouveau stade: plus de recettes donnent les moyens d'avoir un meilleur effectif qui gagne plus de matchs ce qui booste l'image et la notoriété du club ce qui engendre plus de spectateurs, de sponsoring et de merchandising. C.Q.F.D. «Actuellement, Chaban-Delmas dispose de 1.176 places à prestations (loges, places affaire ou prestige) qui rapportent 3,4M€ sur les 10M€. Demain, le nouveau stade en proposera 4.000, explique le chargé de mission. Les Girondins nous ont dit qu'ils espéraient multiplier par deux leurs recettes billetterie.» Un nouveau stade est donc une opération financière intéressante pour les clubs mais le jeu en vaut-il la chandelle quand il ne sera utilisé que 50 jours par an par les Girondins? «Évidemment le but est qu'il se passe autre chose que du foot dans ce stade, ajoute Thierry Guichard. Même si nous n'avons pas prévu dans le cahier des charges d'espace commercial attenant du fait de la proximité de Bordeaux-Lac, il y aura une boutique, un restaurant et surtout des espaces réceptifs que le partenaire privé pourra utiliser comme il le souhaite pour développer les revenus.»
Possibilité de naming
La ville de Bordeaux y a même plus qu'intérêt car ces revenus font partie de ce qu'on appelle les recettes garanties apportées par le prestataire privé. «Schématiquement les Girondins devraient nous verser entre 6M€ et 7M€ de loyer par an. Celoyer est composé de quatre redevances moins ces recettes garanties dont pourra faire partie le naming, c'est-à-dire la possibilité pour une marque de donner son nom au stade à l'image du MMArena auMans (lire ci-dessous). Nous avons inscrit cette possibilité dans le cahier des charges. Si ces recettes sont supérieures à ce qui était prévu, nous y serons intéressés.»
C'est également ce système de recettes garanties qui assure à la ville que le stade ne lui coûtera pas plus cher que prévu. «La construction du stade coûtera sans doute plus que 165M€ mais ce surcoût sera financé par le partenaire privé.» Beaucoup de choses se joueront donc sur le montant des recettes garanties. La valeur économique du projet comptera d'ailleurs pour 50% dans le choix du constructeur.
Le nom du constructeur du futur grand stade de Bordeaux sera connu en juillet. Financé dans le cadre d'un PPP, il comptera 43.000 places et devrait coûter 165M€. Un nouveau stade pour quoi faire? Quelles seront les retombées pour la ville? Eléments de réponse.