Chute spectaculaire des trafics (-21% à fin février par rapport à l'année précédente), grèves perlées, blocages de navires, liquidation judiciaire de l'Union navale Marseille, départ du groupe israélien Agrexco au profit du port italien de Savone Vado... C'est le 3avril dernier, dans un contexte éminemment tendu, que le Grand port maritime de Marseille a officiellement adopté son projet stratégique, après des mois de travail et de consultation des différents acteurs locaux, dans le cadre de son nouveau système de gouvernance (lire en encadré). Le document de quelque deux cents pages vise à déterminer à la fois les grandes orientations du port de Marseille Fos à l'horizon 2013 et les modalités d'application de la réforme portuaire, annoncée en janvier2008 à Marseille par le premier ministre François Fillon. Le point dur de la réforme, à l'origine des mouvements sociaux de ces derniers mois, restant le transfert - ou le maintien dans le giron du port - des activités d'exploitation et de maintenance des grues et des portiques, et par conséquent, des agents portuaires qui y sont associés.
Transfert, filialisation ou maintien
À l'arrivée, seules les activités conteneurs et vracs solides seront transférées vers des opérateurs privés. Les activités vracs liquides des terminaux pétroliers et chimiques de Fos et Lavéra, considérées d'intérêt national, seront quant à elle réunies au sein d'une filiale d'environ 200 agents, où le GPMM restera majoritaire. «Nous sommes actuellement en cours de montage financier et juridique de cette filiale, explique Jean-Claude Terrier, président du Directoire du GPMM. Mais notre capacité à trouver des partenaires n'est pas un poids qui me pèse...» Dès l'annonce de l'adoption du projet stratégique s'est ainsi ouverte une période de trois mois consacrée à des négociations de gré à gré avec les opérateurs privés présents sur les différents terminaux et susceptibles d'accueillir les personnels du port, ainsi que les outillages. Toujours au chapitre des transferts, la maintenance pourrait être mutualisée au sein d'une société «où les opérateurs seraient à la fois actionnaires et clients, et où le port pourrait prendre une participation». Dans le même temps, un appel à projet sera lancé pour retrouver une activité commerciale au conventionnel, qui ne dispose plus d'opérateur depuis la fermeture du terminal fruitier dans les bassins Est. Enfin, les activités voyageurs (environ 40 agents) et réparation navale (environ 60 agents) resteront dans le giron du GPMM. Ce qui n'induit pas une reprise du personnel ex-UNM. «Au total, ce sont environ 650 agents, y compris de maintenance, qui sont concernés par un possible transfert, annonce Jean-Claude Terrier. Mais personne ne sera laissé sur le bord du chemin...» Après les trois mois de négociation avec les opérateurs privés, le GPMM aura 21 mois pour appliquer la réforme.
600M€ d'investissement
L'objectif étant, in fine, de répondre à cinq ambitions: «relever le défi de la massification du conteneur à Fos, se diversifier pour rester le port de toutes les énergies, conforter sa position de porte sud-européenne pour les vracs solides, constituer un hub roulier euroméditerranéen, et développer le grand port passager» (lire page3). Une volonté qui se traduit par un plan d'investissement de 600M€ en cinq ans. «Nous sommes bien conscients qu'avec cette enveloppe, nous ne révolutionnons pas la planète Marseille, conclut Patrick Daher, président du Conseil de surveillance du GPMM. Notre enjeu est bien de jouer un rôle de catalyseur, afin d'attirer d'autres capitaux». Ces investissements privés sont estimés par le port à trois milliards d'euros.
Le projet stratégique du Grand port maritime de Marseille (GPMM) a été officiellement adopté le 3avril dernier. Un plan de développement d'un montant total de 600M€, qui détermine à la fois les grandes orientations du port à l'horizon 2013, les moyens financiers associés, et les modalités d'application de la réforme portuaire, relatives notamment au transfert d'une partie des activités au secteur privé. Retour sur ce projet, fruit d'une nouvelle gouvernance tripartite, accueilli avec impatience par le monde économique local.
Dossier réalisé par Didier Gazanhes et Alexandre Léoty