«Je suis un produit sophipolitain. Mon engagement au niveau du Club des dirigeants n'est pas anodin. C'est une façon de renvoyer l'ascenseur à un territoire qui m'a permis de faire mes études et d'avoir mes premiers jobs.» D'emblée, Frédéric Fourquin donne le ?la?. La tonalité de cet entretien sera sophipolitaine. C'est que la technopole azuréenne tient une place de choix dans son parcours sans fausse note. Ex-Ceramien, le responsable du site R & D de Galderma est également président, pour la troisième année consécutive, du Club des dirigeants de Sophia Antipolis, président du conseil d'administration de Polytech et membre du conseil d'orientation stratégique de l'Unsa. Frédéric Fourquin conjugue l'engagement au pluriel, sans demi-mesure. Il se dit «tenace», «entier», «bûcheur»: «J'ai tendance à franchement m'embêter si je n'ai pas de quoi faire. Il faut de la nouveauté. Il faut avancer, essayer de partager ses idées, être au service de la communauté.» Il parle aussi beaucoup de «respect», d'«écoute» et de «modestie». Autant d'adjectifs qualificatifs qu'il a dû manier, on imagine, à son entrée en 2005 au sein du Club des dirigeants de Sophia Antipolis, lui qui deviendra deux ans plus tard, à 39 ans, le plus jeune de ses présidents. «On m'a certainement pris pour un extraterrestre les six premiers mois, mais je ne suis pas un jeune loup aux dents qui rayent le parquet. L'effet surprise passé, les collaborations avec mes pairs se sont faites naturellement.»
La ?cote d'amour
? Sur sa Lorraine natale, l'homme se montre peu prolixe. Né le 13mai 1968, «le jour de la grande grève», ce «soixante-huitard de la première heure», fils de commerçants, quitte le bassin sidérurgique à 18 ans pour Dijon, bac H en poche. Il y intègre les classes préparatoires HEC. Puis direction le Ceram, et la terre sophipolitaine qu'il ne quittera plus. Un choix du coeur motivé par une note - 20/20 - obtenue à l'oral d'admission de la business school. C'est ce qu'on appelle dans le jargon la ?cote d'amour?... et le coup de foudre est réciproque. «L'environnement était franchement intéressant: un cadre sympa, une région dynamique économiquement et une école qui poussait déjà pas mal.» Bref, l'étudiant Fourquin signe pour trois ans, et se spécialise en comptabilité financière. Parallèlement, il passe en candidat libre le DECF (diplôme comptable), avant d'enchaîner sur un Mastère back office, dont il sort major, tout en présentant son DESCF.
«L'humain, la clé de tout»
Après une première expérience en tant que consultant au Sophia Institute of Finance, unité de conseil rattachée à la CCI, il rejoint en 1994 SIP, une SSII spécialisée dans les systèmes d'information patrimoniaux. Consultant, chef de mission, directeur de département, il gravit les échelons avant de bifurquer, en 1997, vers le centre de R & D en dermatologie Galderma. Entré pour une mission d'audit organisationnel de trois mois, Frédéric Fourquin prend d'abord en main le département informatique du site puis, à partir de 1999, coordonne les services informatiques des trois sites R & D du groupe: Sophia, Princeton et Tokyo. Tokyo, «ville mosaïque où l'on perd tous ses points de repère. En matière de management, ça vous oblige à faire preuve d'une immense modestie pour vous connecter avec l'équipe en face...» Puis arrive 2005, date à laquelle il prend la direction du site sophipolitain (460 employés). Quelle part de l'homme y a-t-il dans le dirigeant? «150%! Je pense que l'humain est la clé de tout. Si vous passez à côté de l'humain, vous tombez dans un travers autoritaire ou totalitaire. Vous commencez à vous enfermer, à faire seul, donc vous faites contre les autres, donc vous perdez.» Et, perdre, on suppose, ne fait visiblement pas partie de sa partition.
Le responsable du site de Galderma vient d'entamer son troisième mandat consécutif à la tête du Club des dirigeants de Sophia Antipolis. Rencontre avec un homme pour qui la petite musique sophipolitaine s'apparente à une symphonie.
Gaëlle Cloarec