Janvier n'est pas seulement la période de la coupe du bois de chauffe et le moment où on finit la bûche de Noël. C'est aussi le mois qui verra l'organisation de premiers ateliers de la filière bois bretonne. En Bretagne, entre Pontivy, Loudéac et Rennes. «Une première série de rencontres aura lieu les 10 et 15janvier puis une deuxième série est prévue les 8, 11, 12, 13 et 15 février», note Bertrand Guizard, chef du service de l'eau à la Draaf (Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt) qui chapeaute l'événement. Un cheminement parallèle s'organise pour la filière agroalimentaire.
Montebourg et Le Foll
L'initiative est nationale. La démarche de diagnostic stratégique autour de ces deux filières a en effet été impulsée par le nouveau gouvernement. Notamment le ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt Stéphane Le Foll ainsi que celui du redressement productif Arnaud Montebourg. Le président de la région Bourgogne François Patriat est aussi dans la boucle. «Le 15 octobre dernier, la Bretagne était la première région de France à lancer et installer une conférence liée à cette initiative», souligne Sylvain Réallon, chef du service de l'économie agricole à la Draaf. En Bretagne, même si elles sont toutes deux ancrées dans l'hinterland, voilà deux filières bien dissemblables. En termes de poids économique, de structuration et de débouchés. «Les 20.500 emplois de la filière bois n'incluent pas les propriétaires forestiers», précise Olivier Ferron, délégué général de l'interprofession Abibois. «Ils sont 120.000 en Bretagne, avec souvent un métier différencié de ce statut.»
Problématiques croisées
La filière à proprement parler compte les industriels de première transformation (sciage et emballage léger), avec environ 2.000 emplois. La seconde transformation recense pour sa part la production de charpentes, menuiseries, parquets voire le façonnage en papier ou carton. Soit près de 1.000 emplois. Les fabricants/poseurs de charpentes et menuisiers affiliés chez les artisans de la Capeb ou les PME de la FFB recensent chacun 1.500 emplois. L'agencement regroupe 500 postes, le négoce 1.600. Les fabricants de meubles répertorient moins de 2.000 emplois, un chiffre en baisse depuis quelques années.
C'est d'ailleurs pour enrayer la spirale dépressive qui touche certains pans de secteurs qu'ont été élaborés des ateliers régionaux. Sur des thématiques telles que la propriété intellectuelle, le financement, l'amélioration des conditions de travail, la compétitivité... Avec l'idée qu'une filière plus modeste pourra s'appuyer sur l'assise d'une autre plus incontournable - l'agroalimentaire pèse 40% de l'emploi régional avec 1.423 industries.
Faible valeur ajoutée
Pourtant, les problématiques ne s'entrecroisent pas toujours de la manière la plus attendue. «Quand on entre dans les périodes de restructuration de l'agroalimentaire, on s'aperçoit que les salariés qui restent sur le carreau ont souvent un niveau de qualification très bas», remarque Saïd Bakhtous, directeur administratif et financier à la Scierie Josso du Roc Saint-André. «Il n'y a pas eu de suivis réels en matière de formations tout au long des carrières chez l'industriel. Du coup, dans le bois, quand nous cherchons à embaucher, nous nous retrouvons avec des profils très basiques, où il y a tout à faire».
Egalement responsable des ressources humaines, Saïd Bakhtous est désormais référent des ateliers régionaux sur la thématique de l'emploi et des compétences des salariés. Un facteur à mettre en relation avec l'orientation des industries agroalimentaires bretonnes vers des produits à faible valeur ajoutée (deux points en dessous de la moyenne nationale). Une tendance lourde combattue de l'intérieur par le pôle de compétitivité Valorial. Et même si le secteur agroalimentaire breton tire largement partie de sa proximité avec ses zones de production agricole, l'enjeu logistique et la capacité à exporter sont devenus primordiaux. D'où la présence annoncée aux ateliers du P-dg de Sill, le Finistérien Gilles Falc'hun, désormais président de Bretagne commerce international (BCI). Et d'autres invités triés sur le volet comme Claudine Josso ou le préfet de région Michel Cadot. Les échanges ne seront pas ouverts au public. «Une synthèse sera rendue au gouvernement courant mars», signale Betrand Guizard.
Benchmarking En français : parangonnage. Une démarche de diagnostics comparés due aux ministres Stéphane Le Foll et Arnaud Montebourg.
Et ce nationalement, pour les filières agroalimentaire et bois. Bonne élève, la Bretagne a pris de l'avance.