La liquidation judiciaire de décembre2008 avait brisé le coeur des neufs artistes salariés de la plus ancienne faïencerie de Malicorne. L'annonce de la fermeture définitive de cet atelier, fondé en 1747, a été très médiatisée et les clients se sont rués sur ces produits, derniers témoins d'un pan de l'histoire qui a forgé la réputation de Malicorne. Baudouin Denis et Eric Le Calvez font partie de ces clients «amateurs et très sensibles au raffinement de ces objets passion» transmis par leurs ancêtres et présents dans le décor de leur enfance. Cadres quadragénaires d'expériences complémentaires, ils ont des compétences clés pour pérenniser la faïencerie.
Un choix réfléchi
Si les motivations émotionnelles sont fortes, leur décision de reprise est mûrement réfléchie et leur plan de relance est accepté par le tribunal de commerce duMans fin janvier. «Cette faïencerie a de réelles forces dont l'héritage du savoir-faire qui a fait toute sa renommée», affirme Baudouin Denis, conscient aussi que l'investissement humain et financier pour remonter l'affaire sera important. Confronté à un marché difficile car limité, le défi est encore plus grand dans le contexte actuel. Mais le produit a une dimension particulière qui renforce les motivations d'achat hédonistes et oblatives: «chaque pièce est chargée d'émotion tant du côté de celui qui le façonne manuellement que de celui qui le choisit pour se faire plaisir ou offrir». Répartie sur la France, et surtout sur le Grand-Ouest, une clientèle fidèle depuis des générations reste adepte de ce «produit souvenir dont on ne se lasse pas».
Un plan ambitieux
C'est en restant attentifs aux attentes et en détectant les besoins pour conquérir de nouvelles cibles que les deux associés, soutenus par des partenaires financiers privés, comptent renforcer leur position parmi une concurrence française non négligeable. Pour accroître la compétitivité, il faudra pallier les faiblesses de cette entreprise artisanale: «moderniser l'outil de production, redynamiser le réseau de revendeurs, se doter d'une vitrine Internet, développer la vente en ligne, créer de nouvelles collections...». À terme, l'ambition est de «faire rayonner la Faïencerie en France et à l'étranger, dans une démarche authentique et durable. Il s'agit de respecter la tradition mais aussi d'adopter une attitude citoyenne». Dans cette veine, l'emploi et cet ancrage à Malicorne seront maintenus et la transmission assurée par la formation de jeunes artisans (tourneur, mouleur, émailleur, décorateur...).
www.bourg-joly-malicorne.comTél.: 06 79 65 40 12
À peine refroidis, les fours de la faïencerie du Bourg-Joly, à Malicorne, se rallumeront le 7avril prochain.