David Sauvage, les experts-comptables sont-ils au bord de la crise de nerf ?
« Heureusement, non, malgré les signaux faibles ou négatifs ! Révolution digitale, nouveaux modes d'organisation, évolution des réglementations... Comme de nombreux secteurs, les experts-comptables sont confrontés aujourd'hui à un défi : reprise, transmission, patrimoine, droit social, informatique... :
il devient très difficile d'être ultra-spécialiste dans tous les champs de compétences. Résultat : tout professionnel doit penser sa stratégie sur ses segments de marché ! On observe surtout un mouvement de rapprochements. Il y a toujours eu, dans la profession, une tendance naturelle à la mutualisation, notamment pendant les années 80. Aujourd'hui, on observe une reprise de ce phénomène. Ce n'est pas toujours bien vécu car l'expert comptable est un professionnel assermenté certes, mais c'est aussi un libéral.
La mutualisation, c'est d'ailleurs déjà une tradition en Bretagne avec une forte présence d'associations de comptabilité...
Signaux faibles ou négatifs, cela a-t-il à voir avec les politiques gouvernementales ?
« Jamais l'institution ne viendra intervenir dans une campagne présidentielle et encore moins soutenir tel ou tel candidat. C'est un problème plus général. Si je dois délivrer un message, c'est que la simplification administrative est une nécessité. Qu'il faut soutenir l'entrepreneuriat, inciter les gens à tenter l'aventure. Or, les moyens employés ne sont pas forcément les plus adaptés... Pour une case mal cochée, des projets peuvent prendre plusieurs mois, voire des années de retard. De même, on retrouve parfois dans le monde de l'entreprise des personnes qui sont très loin des bons principes de gestion. Cela débouche sur de malheureux échecs. Le système éducatif ne prépare pas assez le citoyen au monde de l'entreprise. En termes de culture, de formation, il y a vraiment quelque chose à entrevoir pour les créateurs et les repreneurs...
Quel regard porte l'Ordre des experts-comptables sur l'économie bretonne ?
« Jusqu'ici, l'Ordre s'appuyait sur les études existantes, la Banque de France, l'Insee. Avec le big data, l'institution est en mesure d'exploiter 40 millions de déclarations fiscales, plus de 2 millions en Bretagne. Notre première enquête sera présentée à Pacé le 18 octobre. Ce sera un beau volume de données en avant première. Notre sentiment, c'est que les moins de 50 salariés tirent leur épingle du jeu, les effectifs y sont stables, voire en croissance. Les plus grandes entreprises en revanche sont plus impactées, notamment dans le bâtiment. Ça, c'est le constat. Mais le big data n'est pas une fin en soi, c'est un outil. Nous multiplions actuellement les échanges avec la Maison de l'Europe, à Rennes, pour communiquer sur le plan d'investissement « Juncker » qui, à mon avis, va offrir de belles perspectives avec un appui intéressant et une plus grande simplification d'accès aux financements... Je crois que l'économie bretonne a une carte à jouer. »
Propos recueillis par X.E.
GESTION DES ENTREPRISES Président de l'Ordre des experts-comptables de Bretagne, David Sauvage livre son analyse sur la profession et le contexte économique.