Les villes de Nancy et de Metz ont renoncé à organiser l'Euro 2016. Le sport est-il encore un levier de développement économique?
Pour les territoires, disposer de l'effet Euro 2016, c'est un atout de plus sur le plan du marketing territorial. Pour une ville ou une région, le sport a toujours été un levier. La démonstration la plus nette a été faite en juillet 98. Et c'est toujours vrai. Ensuite, concernant le cas de la région Lorraine, et face aux difficultés du bassin, le sport est selon moi un levier important. Nancy et Metz se devaient de faire avancer un dossier. Maintenant, pour toute la région Lorraine, c'est une occasion manquée. Il n'y a plus de ville dans l'Est pour accueillir l'Euro 2016, plus personne pour dire on est là, on existe et profiter du focus que génère un Euro. Et c'est dommageable, notamment parce qu'on décrit aujourd'hui un phénomène de zapping sportif, c'est-à-dire que les gens se désintéressent très vite. Pour susciter l'intérêt, il faut renouveler l'offre, afin de les fidéliser.
Qu'aurait pu attendre la Lorraine de l'effet Euro 2016?
Sur le plan du tourisme, l'afflux de spectateurs était assuré. La Lorraine est une région frontalière, on pouvait attendre des spectateurs venus d'Allemagne, de Luxembourg ou de Suisse. Un Euro, c'est tout de même une fête autour du sport roi, le football. Sur un autre plan, on pouvait attendre l'installation de nouvelles entreprises. Lors de ces événements, les clubs VIP marchent très bien, donnent des occasions d'échanger et de mettre en place des partenariats commerciaux et industriels. Une entreprise, quelle que soit sa taille, peut bénéficier facilement de ce type de retombées. Monde du sport et économie sont aujourd'hui intimement liés. L'exemple le plus marquant est le Qatar, qui a investi massivement dans le PSG. Il y a de l'argent dans le football et derrière, il y a des retombées.
André Rossinot puis Dominique Gros ont pointé un manque de ferveur populaire. Le football remplit-il toujours des stades?
Le football a un ancrage très fort en région Lorraine. C'est historique, c'est l'image de l'ouvrier qui va au stade après avoir travaillé dur toute la semaine à l'usine. Ensuite, je crois que l'amateur de sport se réveille le jour de l'événement. Toutes ces échéances sont trop lointaines, l'amateur a du mal à se projeter et le supporter vit en temps réel. Par contre, les enjeux sur le plan économique sont bien plus présents puisqu'il faut investir tout de suite. C'est le rôle des politiques et des industriels. Ce manque de ferveur, c'est plutôt un décalage. Il me semble aussi que l'implication des habitants est souvent mal gérée par les collectivités et les instances sportives. On demande à l'amateur de sport d'être là, de payer son ticket, et puis c'est tout. Si les supporters et les amateurs de sport étaient placés au centre de la communication et des décisions, l'engouement aurait été déjà plus visible.
Le principal problème pour Nancy et Metz a été l'argent. La facture était-elle trop élevée?
Les candidatures lorraines étaient peut-être trop spontanées. Les contraintes budgétaires pèsent tellement sur les collectivités, qu'il est difficile de rénover ou de construire un stade. L'UEFA demande des montants très importants pour être ville candidate. À la fin, c'est le contribuable qui paye et ça ne peut être rentable dans ces conditions. Je crois que le contribuable et l'amateur de sport auraient préféré un événement plus modeste économiquement, plus préoccupé des questions écologiques. Soyons honnêtes, il vaut mieux mettre 60M€ sur le social ou dans la médecine, c'est plus pérenne.
Un événement du type de l'Euro, mais plus modeste, c'est possible?
Je pense qu'il est possible de faire un Euro modeste. Évidemment, les capacités d'accueil d'un stade comme Marcel-Picot auraient été vite atteintes. Mais il a déjà été prouvé qu'on pouvait faire des événements écologiquement responsables. Il doit être possible de faire des événements économes. Le sport doit rester une fête, sans que l'argent vienne tout polluer. L'organisation de ce type d'événement a toujours été une course au toujours plus, avec des budgets exponentiels. Avec le Qatar, qui va organiser la coupe du Monde de football, on atteint des sommets. Idem pour les JO de Londres. Mais progressivement, le nombre de candidats à l'organisation va se réduire et il faudra se poser la question: pourquoi mettre autant d'argent?
Guillaume Richard, maître de conférences à la faculté du sport de l'Université de Lorraine, déplore qu'il n'y ait «plus de villes dans l'Est pour accueillir l'Euro 2016».