Un géant d'acier et de composite est en train de naître sur les bords de Loire. Sur le site du Carnet, près de Saint-Nazaire, le groupe industriel Alstom devrait finaliser dans le courant du mois le montage de la plus grande éolienne offshore jamais construite. La nacelle, dont le prototype est en cours de fabrication dans le secret d'un entrepôt nazairien, s'élèvera à plus de 100 mètres de haut et ses trois pâles mesureront 75 mètres! Au plus haut, le monstre culminera à 175 mètres au-dessus des flots. Il déploiera au total une puissance nominale de 6MW, permettant l'alimentation électrique de 5.000 foyers. Cette éolienne géante, baptisée Haliade 150, c'est l'arme fatale du consortium associant Alstom, EDF Énergies Nouvelles, l'énergéticien danois Dong et la PME lorientaise Nass & Wind. Objectif des alliés: remporter l'appel d'offres gouvernemental pour l'équipement de quatre des cinq futurs grands parcs éoliens offshore qui émergeront entre2016 et2018 au large de l'Hexagone. Deux seront situés à proximité des côtes du grand Ouest, à 12km de Saint-Nazaire et à 16km de Saint-Brieuc. Chacun rassemblera près de 80 de ces éoliennes géantes qui utilisent un rotor annoncé comme novateur: il n'utilise pas de boîte de vitesse, ce qui diminuerait considérablement le risque de panne, dont le dépannage est extrêmement coûteux en haute mer. Pour convaincre, le consortium mise aussi sur le «produit en France», avec l'annonce de la création d'usines à Montoir-de-Bretagne où seraient fabriqués les nacelles et les alternateurs, et à Cherbourg, où seraient produits les pâles et les mâts. Le montage des éoliennes, lui, serait assuré dans le port de Brest. «Nous ne pouvons pas le faire à Montoir. L'engin est tellement grand que ses pâles ne passeraient pas sous le pont de Saint-Nazaire», explique l'ingénieur Frédérick Hendrick, vice-président Offshore du secteur éolien d'Alstom. Enfin, un centre de R & D de 200 ingénieurs serait implanté dans la région nantaise. 60% de la valeur ajoutée d'une éolienne géante serait ainsi produite en France, permettant la création de 1.000 emplois directs et de 4.000 indirects. Mais ces perspectives, le consortium ne promet de les concrétiser que s'il remporte le droit d'équiper au moins trois des futurs parcs. Un «coup de pression» qui traduit l'âpreté d'une compétition où le consortium associant l'Espagnol Iberdrola, Eole Res, Areva, Technip et Neoen marine veut aussi avoir son mot à dire, avec la perspective de 1.000 emplois directs et la promesse d'impliquer fortement les sous-traitants français. «Nos éoliennes sont déjà opérationnelles et ont fait leurs preuves, contrairement au prototype d'Alstom», glisse-t-on chez ce concurrent. «Lorsque la construction des parcs débutera, nos produits seront mâtures, et non pas vieillissants et dépassés», rétorque Frédéric Hendrick, vice-président éolien offshore d'Alstom. La lutte des arguments a d'ores et déjà débuté.
Alstom dit non aux jackets de STX
En attendant, le projet Alstom, tel qu'il se dessine ne profitera apparemment pas autant que prévu aux chantiers nazairiens de STX. Ces derniers étaient en effet pressentis pour réaliser les «jackets», les fondations tubulaires sur lesquels sont généralement arrimés les mats des éoliennes. Ils ont d'ailleurs réalisé celui du prototype actuellement assemblé par Alstom. Finalement, il n'en sera rien, suite aux résultats d'une étude géotechnique des sols des quatre sites éoliens convoités. «Ces sols sont plus friables que nous ne le pensions. Y installer des jackets prendrait entre cinq et six ans! Nous opterons donc, en fonction des parcs, pour des fondations monopieux ou gravitaires», annonce Béatrice Buffon, directrice du développement d'EDF Énergies Nouvelles. STX pourra cependant peut-être se consoler avec la construction des bateaux de servitude chargés d'assurer la réparation des champs éoliens. En attendant, le prototype d'Haliade sera testé «onshore» sur les rives de la Loire, la livraison de la première nacelle destinée à équiper un modèle «en mer» devant intervenir en fin d'année.
Énergie Alstom assemble sur les bords de Loire la plus grande éolienne offshore du monde. C'est avec cet engin de 175mètres de haut que l'industriel et ses alliés veulent s'imposer dans l'appel d'offres gouvernemental lancé pour l'éolien offshore.