Entretien exclusif : Bruno Retailleau : « Les entreprises ont besoin d’air, pas de subventions»
Interview # Politique économique

Entretien exclusif : Bruno Retailleau : « Les entreprises ont besoin d’air, pas de subventions»

Un an après son élection, Bruno Retailleau dresse le bilan de ses premiers mois de mandature au conseil régional des Pays de la Loire. Il fait le point sur la stratégie qu’il veut mettre en place pour les entreprises, son ambition nationale, sans oublier le dossier STX. Le président du conseil régional se voit-il en ministre ? En tout cas, la « jurisprudence Jean-Yves le Drian » lui convient bien.

Le Journal des Entreprises : Vous aviez, pendant votre campagne, parlé d’un « contrat de croissance » pour les PME. Qu’en est-il aujourd’hui ? Comment comptez-vous les aider ?

Bruno Retailleau : Le sens de notre action régionale est de faire en sorte que l’on puisse permettre aux PME du futur de se déployer sur notre territoire. Comment fait-on ? On simplifie et on se rapproche des PME car toutes ne peuvent pas venir en permanence sur l’Ile de Nantes. Elles doivent trouver un interlocuteur proche de chez elles. Dans chaque département, il y aura une tête de pont, un interlocuteur unique pour les entreprises. Il ne sera pas un spécialiste du développement ou de l’amorçage mais il aura à sa disposition tout le réseau nécessaire, celui des développeurs des CCI et des intercommunalités. Les entreprises évalueront ces interlocuteurs pour déceler s’il y a des soucis ou pas. Dans cette démarche de simplification, il n’y aura plus qu’un seul organisme de conseil (Pays de la Loire Conseil) au lieu des neuf existants. La Région veut faire du sur-mesure pour les entreprises.

Quel sera le lien entre les CCI et le conseil régional ? Car les CCI proposent déjà ce genre de services ?

B.R : Il y a sûrement des doublons, il faut clarifier les choses. Je voudrais que l’entreprise ait un seul interlocuteur pour l’international, l’innovation, l’immobilier, etc. C’est lui qui branchera l’entreprise ensuite sur la bonne personne à voir. L’important sera d’avoir une relation de confiance.

Vous annonciez aux entreprises cet automne, vouloir « chasser en meute à l’export ». Quelles actions allez-vous mettre en place ?

B.R. : On va s’appuyer sur le réseau de la CCI en région et aussi sur celui de Business France. Le but sera d’avoir toujours le meilleur interlocuteur. Je veux arrêter la politique de bureaux de la région à l’étranger. Il y a aura quelqu’un à Hong Kong mais qui sera mobile sur toute l’Asie. Je veux aussi multiplier les associations de chefs d’entreprise qui ont l’habitude d‘exporter pour qu’ils donnent des conseils à ceux qui voudraient exporter. Je voudrais faire la même démarche pour la formation professionnelle.

Côté financement des entreprises, vous semblez donner la priorité aux prêts et avances remboursables plutôt qu’aux subventions...

B.R. : Je pense que l’entreprise a beaucoup moins besoin de subventions qu’elle n’a besoin d’air. L’argent public est rare et les Régions doivent faire des économies. L’idée est donc de privilégier les avances remboursables. Quand vous accordez une subvention, une partie part directement en impôts, car l’IS s’applique sur toute l’assiette. Donc à quoi bon dépenser de l’argent pour une entreprise pour que 33% partent directement dans les caisses de l’Etat ? C’est ridicule.

IDEE, P2RI, Pays De la Loire Croissance etc., votre prédécesseur avait créé plusieurs fonds d’aide aux entreprises. Allez-vous les conserver ou les supprimer ?

B.R. : Il faut qu’on étudie une architecture différente. Cela ne sert à rien d’être partout. Il faut surtout être là où le marché n’est pas et encourager un effet levier maximum, de 6 ou 7, voire plus. On est en train de rationnaliser tout cela. Notre objectif est d’aller là où il y a une carence des banques et là où il y a un effet de levier.

Quel avenir pour les plateformes régionales d’innovations ? (Technocampus, Monde Souterrain, Proxinnov, Design’in...)

B.R. : Il y en a une centaine, cela n’a pas de sens. On va garder ce qui marche, et arrêter ce qui ne marche pas. J’ai demandé à une société d’audit de faire le bilan. Je veux les juger sur leur capacité à diffuser dans le tissu des PME. C’est à cette aune qu’on jugera les actions et qu’à proportion, nous les soutiendrions. L’audit est terminé, on prendra des décisions au début de l’année. Nous allons par exemple encourager la plateforme sur la robotique Proxinnov à La Roche-sur-Yon et l’étendre avec un campus.

Vous avez baissé les subventions accordées au secteur du numérique à Nantes de 250 000 à 200 000 euros. Pourquoi ?

B.R. : Il n’y a pas d’argent public acquis. Les collectivités locales ne sont pas des guichets ouverts. Il y a eu une convention de 250 000 euros, qui avait plusieurs compartiments dont une pour le déploiement sur le territorial à hauteur de 50 000 euros. Il y a eu une évaluation. Il n’y a pas eu de résultats sur cette partie-là. Pourquoi on verserait de l’argent public alors que l’objectif de déploiement territorial n’a pas été atteint ? Il y a des contrats, il doit y avoir une réciprocité. Il faut que l’on arrête de fonctionner en petite ambassade. Il y a des acteurs du numérique à Nantes mais aussi Laval, Angers. La transversalité c’est important. Au moment où on a de moins en moins d’argent public, il faut que chacun soit responsable.

Vous demandez à ce secteur d’essaimer sur l’ensemble du territoire ?

B.R. : Je veux encourager les start-up mais il y a aussi d’autres PME sur le terrain qu’il faut aider et qui font du numérique. Ceux qui fabriquent des vêtements connectés font aussi du numérique, quand je parle d’entreprises innovantes dans la robotique, elles font elles aussi, en partie, du numérique.

Quel avenir pour les chantiers navals de Saint-Nazaire ? Êtes-vous toujours pour une présence de l’Etat au capital ? François Fillon, que vous soutenez, a annoncé récemment qu’il voulait « reprendre les privatisations » dans les entreprises où la participation de l’Etat ne sert « à rien ».

B.R. : Pour STX France, il faut une participation de l’Etat pour garantir une pérennité. Il faut garder cette minorité de blocage. Ce n’est pas un problème idéologique mais pragmatique. On a vu Barack Obama nationaliser GM (General Motors) aux Etats-Unis. Dans la mesure où il y a une instabilité du tour de table, une présence de l’Etat peut donner de la force pour que l’ancrage de l’entreprise reste chez nous. Je suis le dossier de près. J’ai rencontré des ambassadeurs, mais aussi les responsables de Royal Carribean, DCN, Damen, Fincantieri, MSC.

Est-ce que le profil de certains repreneurs vous inquiète ?

B.R. : Bien sûr. Tout ce qui peut présenter un danger pour la localisation de l’entreprise, pour son développement est inacceptable. Les candidatures asiatiques répondent à ce type d’analyse.

Maintenant que François Fillon a été élu candidat des Républicains pour l’élection présidentielle, quelles sont vos ambitions ? Serez-vous ministre si François Fillon est élu ?

B.R. : Je prendrai évidemment part à la campagne. J’aurai cet engagement. Pour le reste, je n’en ai jamais parlé à François Fillon pas plus qu’il ne m’en a parlé. La campagne va être dure, on le voit bien. Ensuite c’est à François Fillon, et au Premier ministre qu’il désignera, de faire des choix.

Est-ce que, comme Jean-Yves Le Drian, vous pensez que l’on peut être président d’un conseil régional et ministre ?

B.R. : Je trouve que c’est une bonne jurisprudence. Jean-Yves Le Drian est un bon ministre de la Défense, et un bon président de région. Je m’entends bien avec lui. On a des relations personnelles. Sur les grands sujets qui concernent nos régions, on s’appelle. Ce n’est pas un secret de dire que la jurisprudence bretonne me va bien.

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