Selon une étude réalisée en 2008 par FBN International (Family business network), 83% des entreprises françaises sont des entreprises familiales, mais les trois quarts sont des TPE. Elles représenteraient 50% du PNB et des emplois en France. Rhône-Alpes, territoire industriel et besogneux, compte de nombreuses PME familiales. Certaines, à l'image de Boiron, Mérieux, Aldès ou encore GL Events sont devenues des fleurons de l'économie française. Ces entreprises seraient-elles plus rentables et plus performantes que les autres? Certaines analyses laissent à penser que le modèle semble plus sûr. Elles ont les deux pieds bien enracinés dans l'économie réelle.
Capital patient
«En théorie, les entreprises familiales seraient un excellent client pour le banquier et le marché boursier: elles surperforment, elles sont rentables, elles sont prudentes dans leurs investissements, analyse Myriam Lyagoubi, professeur de finance et responsable du programme ingénierie financière à EM Lyon. Selon les différentes études menées en Europe et dans les pays anglo-saxons, les entreprises patrimoniales cotées réalisent des performances économique et financière se situant entre+20% et+30% par rapport à celles non patrimoniales. Dans le cadre de ma recherche portant sur les entreprises patrimoniales françaises, j'ai validé cette information tant pour les entreprises cotées que pour les entreprises non cotées. À titre d'exemple, sur la période de 1994 à 2000, les entreprises patrimoniales cotées et non cotées peuvent se targuer d'avoir réalisé 20% de performances financière et économique en plus. Il est à noter que sur cette période, les entreprises patrimoniales non cotées ont réalisé une surperformance financière de 26%.» L'experte apporte toutefois un bémol à ce constat. «Pourtant, elles sont sujettes à un coût de leur financement supérieur aux entreprises à capitaux non familiaux, car la problématique de la transparence et la mécanique de la gouvernance constituent des freins pour les financiers. Ils sont réservés et leurs primes de risques sont plus élevées»
Plus de stabilité
Selon une étude dévoilée cet automne par PwC sur le family business, les entreprises de Rhône-Alpes interrogées déclarent miser sur l'autofinancement à 67%, contre 60% au niveau national. Elles sont 33% à attendre un retour sur investissement inférieur à 15%. «Nous sommes dans une approche d'investissement avec du capital patient, confirme Bernard Tholin, président du conseil de surveillance d'Electricfil qui emploie 1.400 personnes dans le monde, dont 800 au siège de Beynost. Avec mes trois frères, nous détenons 80% du capital. Nos investissements sont réfléchis dans une logique industrielle et d'optimisation des ressources financières.» Devant les turbulences des marchés financiers, les entreprises familiales commencent à titiller l'intérêt des financiers. «La crise financière actuelle tend à transformer la façon de fonctionner des marchés et leur regard réservé, ajoute Myriam Lyagoubi. Des banques visent aujourd'hui clairement ce type de clientèle, comme une valeur refuge, car elle présente plus de stabilité.» Ainsi, selon l'étude PwC, 66% des entreprises familiales rhônalpines interrogées estiment que leur statut leur a permis de mieux traverser la crise.
Avantages fiscaux
L'évolution des modes de gouvernance peut donner un coup de boost à ces PME qui ont tout de même du mal à grossir. «Il y a 50 ans, l'environnement économique était plus stable, moins mondialisé, moins volatil, constate Myriam Lyagoubi. Aujourd'hui, les projections sont plus difficiles. La question de la jeune génération qui peut avoir le confort d'aller travailler en tant que salarié dans une autre entreprise, plutôt que reprendre, se pose. Parfois, les parents eux-mêmes ne vont pas vouloir engager les enfants dans une situation qui peut s'avérer délicate.» Surtout que les modalités fiscales et juridiques en effraient plus d'un. Pourtant, les quadras, si la transmission est bien menée et que l'aspect affectif est laissé de côté, se révèlent être une bouffée d'oxygène pour le futur de l'entreprise. Outre les accidents de la vie qui ont pu les propulser sans préparation, ils sont nombreux à avoir acquis une formation, une expérience pour arriver avec un vrai projet stratégique, à long terme, et mener l'entreprise jusqu'à l'ETI. «Dans le secteur industriel, il faut du temps et plusieurs générations pour arriver à une entreprise de taille intermédiaire, avance Bruno Lacroix, président d'Aldès à Vénissieux, aux côtés de son fils Stanislas. À l'image de l'Allemagne, il faudrait faciliter le passage des générations par des avantages fiscaux pour éviter que les capitaux ne partent en Bourse.»
Se serrer les coudes face aux difficultés, conserver les emplois sur un bassin économique qui mise sur les entreprises patrimoniales, adopter une gestion prudente.
Le family business model serait-il davantage pérenne en Rhône-Alpesface aux capitaux purement financiers ?