Et si votre entreprise entrait en Bourse? Pour la majorité des patrons de PME, la question est saugrenue, tant ils s'imaginent éloignés d'un monde dont l'image reste écrasée par les mastodontes du CAC 40. Pourtant, entre bourse et PME, il n'y a pas un océan. Le 7février dernier, Tekka, une entreprise lyonnaise de 119 salariés spécialisée dans les implants dentaires, y levait ainsi 11,25M€. Et certains se rappellent encore de l'année 2007 où Vivalis, une jeune start-up biotech d'une vingtaine de salariés avait bouclé une opération de... 46M€! Des petites entreprises sur la cote, il y en a donc. Il faut dire que depuis 2005, le gestionnaire de places boursières NYSE Euronext déroule un tapis rouge aux PME, avec un segment qui leur est dédié: Alternext. Moins formaliste, ouverte à de plus petites opérations (2,5M€ minimum), ce marché a permis en 2010 à 37 entreprises de lever 87M€ de capitaux. De l'argent frais, mais pas seulement. «Cela permet aussi de gagner en notoriété vis-à-vis des clients, partenaires et candidats à l'embauche, relate Rachid Kbiri Aloui, le fondateur de la PME francilienne HiTechpros (26 salariés), présente sur Alternext depuis l'hiver 2006. Cela nous a aussi permis de fidéliser nos collaborateurs, via une distribution d'actions gratuites lors de notre introduction».
Perte de contrôle?
Les bienfaits sont là, mais de nombreux chefs d'entreprise rechignent encore à franchir le cap. «Beaucoup redoutent une perte de contrôle de la direction de leur affaire au profit des actionnaires, constate Damien Rahier, directeur général adjoint de la société de bourse Portzamparc. Paradoxalement, cette image-là colle beaucoup moins à la peau du capital-risque. Pourtant celui-ci implique généralement un poids important des actionnaires dans l'entreprise, avec une représentation dans les organes de décision, ce qui n'existe pas suite à une introduction en Bourse. Et la demande de comptes sur la bonne marche des affaires est très importante dans le capital-risque, objectifs de sortie oblige!» Si perte de contrôle il y a, il faut peut-être la chercher ailleurs. En fait, ce sont plutôt les mécanismes boursiers qui laissent parfois les dirigeants pantois. Imaginez par exemple que, pour assurer une ventilation équilibrée de leurs investissements - et donc de leurs risques -, la plupart des fonds d'investissement n'hésitent pas à liquider leurs participations aux sociétés cotées performantes au motif que leur valeur grimpe trop vite! Et plombent ainsi derechef leur valorisation! «Nous ne maîtrisons pas effectivement les ficelles des mécanismes boursiers. Nous, notre valorisation est aujourd'hui inférieure à celle que nous avions lors de notre introduction, alors que nos fondamentaux actuels sont meilleurs. C'est un peu rageant, mais il faut l'accepter», témoigne Rachid Kbiri Aloui.
Les small caps bien placées
La Bourse, ce sont peut-être finalement les turbulences financières des deux dernières années qui vont peut-être amener les PME à s'y aventurer. «La crise financière et la spécificité de ses origines vont déboucher sur un resserrement des règles de couvertures bancaires, et donc sur des octrois de crédits plus difficiles. Sachant que l'accès au capital-risque est tout de même compliqué, les PME vont peut-être se tourner davantage vers la Bourse», estime Damien Rahier. Et elles pourraient y trouver preneur. Car si elles sont encore méconnues du gros des boursicoteurs, les «small caps» (petites capitalisations boursières) affichent un profil qui colle bien au redémarrage économique observé actuellement. En 2010, une analyse d'Allianz Global Investors a conclu que les petites capitalisations ouvraient de meilleures performances que les grandes en phase de reprise économique... Intérêt des entrepriseset intérêt des actionnaires, voilà qui pourrait contribuer à lancer votre PME sur le sentier de la Bourse!
Souvent plus par blocages culturels que techniques, les PME dédaignent le levier de croissance que constitue la bourse. Elles y bénéficient pourtant d'une place de cotation dédiée et peuvent en tirer plus davantage que du simple cash.
Dossier réalisé par Sébastien Payonne