Un logiciel pour détecter les incompatibilités physico-chimiques médicamenteuses (IPC) d’une ordonnance et éviter des risques d’erreurs d’administration de la part des infirmiers hospitaliers. Voilà ce que développe la start-up grenobloise DrugOptimal (6 salariés), qui vient de boucler sa seconde levée de fonds depuis sa création en 2022.
La jeune pousse a levé 2,9 millions d’euros, auprès de Grenoble Angels, INSA angels, du family office CF group et d’institutionnels. Drug Optimal avait déjà réuni 450 000 euros en 2023. "La priorité de cette opération est de déployer largement notre solution sur le territoire français. 40 % du financement sera par ailleurs réinvesti en R & D afin d'envisager une connaissance exhaustive des compatibilités de couples de médicaments", explique Matthieu Gasc, dirigeant et cofondateur de DrugOptimal, aux côtés du docteur en pharmacie Lugan Flacher.
Une plateforme brevetée pour automatiser les mélanges
Si les incompatibilités physico-chimiques médicamenteuses sont peu connues du grand public, elles représentent pourtant une problématique très importante dans les milieux hospitaliers, faisant perdre un temps précieux aux pharmaciens d’hôpitaux et aux infirmiers. "Ce sujet concerne près d’un médicament sur cinq. Les incompatibilités ne sont pas dues à des erreurs de prescription des médecins. Elles sont liées au fait que certains médicaments par intraveineuse ne peuvent pas se toucher. Ce qui demande un point de vigilance important au moment de leur administration", explique encore le dirigeant.
La plateforme développée par la start-up s’appuie sur une base de données relatant les effets liés à l’association de 45 000 couples de médicaments et développée à partir d’une compilation de 22 000 articles scientifiques. "Nous possédons également notre propre machine brevetée de laboratoire d'analyse des mélanges de médicaments à haut débit. Ce qui nous a permis d'alimenter notre IA pour multiplier par douze la base des connaissances engendrées par 100 ans de publications dans la littérature scientifique", explique encore Matthieu Gasc.
Un marché de 7 milliards d’euros
À ce jour, il n’existe pas d’outil permettant de prédire la non-compatibilité des médicaments. Les infirmiers doivent consulter les pharmacies pour qu’elles vérifient dans leurs bases de données la compatibilité des médicaments.
"Mais cela prend beaucoup de temps aux pharmaciens comme aux infirmiers qui doivent interrompre leur travail pour faire les vérifications", poursuit le dirigeant. La start-up mise donc sur son avance technologique et scientifique pour toucher le plus grand nombre d’hôpitaux possibles. Un marché mondial de plus de 7 milliards d’euros, selon DrugOptimal. "Une erreur médicamenteuse coûte extrêmement cher pour un hôpital", poursuit le dirigeant.
Des CHU français déjà clients
DrugOptimal compte déjà les CHU de Grenoble et de Nantes ainsi que le Médipôle de Lyon parmi ses clients et ambitionne d’atteindre 60 hôpitaux à horizon 2 ans. La start-up grenobloise vise une nouvelle levée de fonds d’ici trois ans pour se déployer à l’international. "Nous commencerons par le marché américain qui est énorme pour la santé", annonce le dirigeant.