Les bonnes nouvelles s’accumulent pour Melia. La start-up strasbourgeoise vient de boucler une levée de fonds de 430 000 euros auprès d’investisseurs privés, dont des industriels, des investisseurs à impact comme le fonds de 50 Partners, et des business angels.
Fondée en 2023 à Strasbourg, Melia s’est fixée pour objectif de produire des granulés en bois issus des déchets verts, à destination des réseaux de chaleur collectifs des copropriétés, entreprises et communes. La start-up (labellisée Greentech Innovation 2024), qui dit mener "la première grande expérience industrielle" dans le domaine, vient de produire avec succès ses premiers tonnages de granulés.
Ses deux fondateurs Lucas Lindecker et Matthias Najjar, rejoints en septembre par Aurélien Walter, le nouveau directeur commercial de Melia, sont partis d’un besoin en biomasse. Et y ont répondu par une ressource. "Les déchets verts réceptionnés par les plateformes de compostage constituent un gisement aujourd’hui peu convoité mais qui va le devenir. Pour la bonne raison que nous avons des besoins croissants en bois, notamment pour décarboner l’industrie et le tertiaire. L’Ademe prévoit un besoin de deux à trois fois plus de biomasse à horizon 2050. Et de l’autre côté, nous avons une ressource, les forêts, limitée, non extensible et sous tension du fait du changement climatique. Les forêts produisent de moins en moins de bois", rapporte Matthias Najjar, président de la start-up.
De la R & D pour rivaliser avec les granulés issus de résineux
Pour produire des granulés à base de déchets verts, il a fallu résoudre une difficulté liée à la nature hétérogène des bois collectés. "C’est la lignine contenue dans le bois qui va gélifier sous l’effet de la compression et rendre le granulé compact. Et de la lignine, il y en a beaucoup plus dans le résineux (les granulés standards sont fabriqués à base de sciures de résineux, NDLR) que dans les feuillus et le tout-venant des déchets verts", explique Matthias Najjar.
Le volet R & D a donc été mené en collaboration avec RAGT Énergie à Albi, un spécialiste de la granulation (un brevet est en cours de dépôt à l’INPI). Les résultats ont été concluants. "On est au-dessus de 4,6 mégawattheures d’énergie produite par tonne. On sait maintenant produire un granulé qui atteint les meilleurs standards et qui peut cibler les réseaux de chaleur collectifs. La seule différence avec un granulé classique, c’est le taux de cendre qui va être un peu plus élevé. Les granulés standards proviennent des sciures de résineux issus des scieries, et de grumes déjà écorcées. Nous, nous travaillons sur des branchages où il y a un peu plus d’écorce et donc de minéraux", détaille Matthias Najjar.
Le marché des particuliers, dans un deuxième temps
Afin d’améliorer leur procédé, Melia mène d’ailleurs en parallèle un projet de recherche et développement avec l’Université de Lorraine afin de séparer les écorces, et valoriser les déchets verts pour qu’ils puissent cibler également le marché des particuliers.
Pour Matthias Najjar, Melia a tout bon. "La valorisation des déchets verts est vertueuse à plus d’un titre. Notamment quand on sait qu’un granulé sur cinq consommés en France vient de loin, souvent du Canada. Mais elle a un autre avantage : le prix. Car le cours du bois est beaucoup plus volatil".
Des tests avec les grands fabricants de chaudières au printemps
Les premières cinq tonnes de granulés ont été compressées par un producteur de granulés dijonnais. Les grands fabricants de chaudières (Hargassner, Guntamatic, Fröhling) ont accepté de les tester. Des collectivités locales ont marqué leur intérêt pour leur embrayer le pas. Les résultats seront très attendus. Car dès 2025, Melia espère installer sa ligne pilote au sein du site du spécialiste de la valorisation des déchets Agrivalor à Hirsingue dans le Haut-Rhin et y traiter à terme 3 000 tonnes de granulés avant de partir à la conquête du marché. Avec un objectif d’une dizaine de lignes adossées à des plateformes de compostage sous cinq ans. Melia s’est fixé un cap de 9 millions d’euros de chiffre d’affaires à horizon 2028. Pour y parvenir, elle compte créer 40 emplois d’ici là.