La création d'une nouvelle usine de Daher en Loire-Atlantique se précise. Ce groupe de 7.000 salariés a déjà donné naissance en 2003 à Manutex à Saint-Nazaire (isolation thermophonique) et repris trois ans plus tard Aéroforme à Saint-Hilaire de Chaléons (aérostructures en composites). À ces unités de production, le groupe a adjoint des activités de services, notamment en remportant un contrat logistique auprès d'Aker Yards. Au total, 500 personnes travaillent pour le groupe dans l'estuaire de la Loire. Ce nombre pourrait presque doubler, ses dirigeants ayant dévoilé en février un projet d'usine aéronautique à Bouguenais.
Vers les 400 emplois
Une première tranche de 9.500m² devrait être opérationnelle au premier semestre 2010. L'investissement de 32M€ permettra la création d'une soixantaine d'emplois à cette date. Pourrait s'ajouter un an plus tard une seconde tranche de 18.000m². Si tout va bien, l'usine pourrait employer dans les cinq ans aux alentours de 400 salariés, pour un chiffre d'affaires évalué entre 60 et 80M€. La future usine se spécialisera dans les procédés innovants de mise en oeuvre des matériaux composites: estampillage thermoplastique, moulage par injection de résine (RTM) et production de pièces de grande dimension. À cela, «il nous faut trouver des business en services à forte valeur ajoutée comme la logistique ou l'installation sur avion, qui sont générateurs de cash», indique Didier Béninca, directeur général de Daher Socata. L'usine travaillera pour l'A350, mais pas uniquement, la moitié de l'activité étant liée à des programmes aéronautiques existants (A320, A380,etc.).
Pourquoi Bouguenais?
Mais qu'est ce qui amène Daher à s'installer à deux pas de l'usine Airbus de Bouguenais? L'implantation de l'équipementier est la résultante directe de la stratégie d'Airbus initiée par le plan Power 8, qui vise à davantage faire appel à des entreprises partenaires fortement structurées. Dans cette réorganisation profonde du paysage aéronautique européen, «Daher a choisi de bouger», en ayant «une surface financière et des moyens technologiques capables de répondre aux besoins des futurs programmes», indique François Lépinoy, président de Daher Socata. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le groupe familial français s'est beaucoup démené ces derniers mois pour constituer un champion de l'aéronautique. En novembre dernier, Daher s'est donné les moyens de ses ambitions en augmentant son capital de 85M€ en faisant appel au Fonds stratégique d'investissement (géré par la Caisse des dépôts) et à Aerofund (Ace management). Puis, en janvier, le groupe a pris le contrôle de Socata, leader mondial de l'aviation générale. La troisième étape majeure de cette marche en avant est donc la constitution de l'usine de Bouguenais, deuxième site du groupe après Tarbes. Du côté du conseil régional, on veut croire que le centre de recherche Technocampus a pesé un poids déterminant dans le choix de Bouguenais (lire ci-contre).
Encore des zones d'ombre
Reste que l'implantation dans l'agglomération nantaise n'est pas encore totalement ficelée. La première incertitude réside dans la mise en oeuvre de la seconde tranche de 18.000m² de l'usine. Rien n'assure aujourd'hui qu'elle verra le jour, sa réalisation dépendant des futurs succès commerciaux de Daher. Après avoir remporté plusieurs marchés du programme A350, François Lépinoy attend notamment dans les prochaines semaines «une réponse sur un dossier extrêmement sensible», où son groupe est en compétition avec des entreprises étrangères. Une seconde incertitude pèse même sur la première tranche de l'usine. Son financement n'est en effet pas encore bouclé. La question immobilière est notamment toujours à l'étude. Désirant être locataire, Daher est à la recherche d'un partenaire privé susceptible de porter les bâtiments, en appui de la Caisse des dépôts qui sera minoritaire. Bref, les discussions continuent d'être «un peu musclées», de l'aveu même de François Lépinoy. Rappelons que cette même question du financement a failli à l'automne tuer dans l'oeuf le projet nantais, Daher étant à deux doigts d'étendre son site de Tarbes plutôt que de s'implanter à Nantes. Depuis la donne a quand même sensiblement changé avec l'appui du Fonds stratégique d'investissement qui apporte à Daher une capacité d'investissement supplémentaire de 300M€. De surcroît, la volonté semble là: «cela va être difficile, mais nous sommes sûrs d'y arriver», certifie Didier Béninca.
Daher Socata devrait créer une usine à Bouguenais. Celle-ci pourrait s'étendre jusqu'à 28.000m² et employer jusqu'à 400salariés dans les cinq ans. Mais des questions demeurent.
Stéphane Vandangeon