Commerce : Où s'arrêtera la frénésie des mètres carrés?
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Commerce : Où s'arrêtera la frénésie des mètres carrés?

L'extension de Family Village amène la création de 22.000m² de surface de vente supplémentaire sur l'agglomération duMans. Face à une telle frénésie, certains acteurs tirent le signal d'alarme, redoutant l'éclatement de la bulle.

Peut-on parler de frénésie commerciale auMans? En février dernier, la Commission départementale d'aménagement commercial de la Sarthe (CDAC) rendait un avis favorable au projet d'extension de Family Village. 22.000m² d'espaces commerciaux supplémentaires au sud duMans, comprenant des boutiques et un hypermarché de 5.000m². En décembre2009, c'est le projet Rives de Sarthe qui est validé par la préfecture, autorisant également 22.000m² sur la future zone de l'Ardoise au nord de l'agglomération. Si un rééquilibrage commercial nord - sud s'avérait nécessaire, reste à déterminer si LeMans ne frôle pas l'overdose de mètres carrés commerciaux. Un constat partagé par François Bayle, directeur de l'hypermarché Carrefour LeMans - Sud. «LeMans et sa périphérie ont une densité commerciale une fois et demie supérieure à la moyenne nationale. Il y a effectivement un trop plein».




Machine à dire oui

Depuis la réforme des Commissions départementale d'équipement commercial (CDEC), devenues CDAC en 2009, seuls les projets de plus de 1.000m² doivent être soumis à la commission. À la CCI duMans et de la Sarthe, on fait son deuil de l'ancien système. «Depuis la réforme, les CCI sont exclues des CDAC. Nous étions pourtant des gens raisonnables, favorisant des projets viables et rentables. Aujourd'hui, on autorise tout et n'importe quoi, alors que le gâteau de la consommation lui n'augmente pas», regrette son président Bernard Warain. En effet, sur l'année 2010 et le début 2011 en Sarthe, la CDAC a validé près de 50.000m² de surfaces commerciales et en a rejeté 850m². Ces refus correspondent à deux projets d'implantation retoqués, dont l'un a finalement été accepté par la Commission nationale d'aménagement commercial (CNAC) cette année. Au plan national, ce sont 4,1millions de mètres carrés de nouvelles surfaces commerciales qui ont été autorisés par les CDAC. «Nous avons là un parc commercial français qui grandit de 3,5% par an, alors que la consommation progresse seulement de 0,5%», rapporte Pascal Madry, directeur de la fédération Procos, spécialiste de l'urbanisme et du commerce spécialisé. Des mètres carrés qui, selon la fédération, se concentrent principalement sur la périphérie des agglomérations. «Dans les années 2000, les collectivités locales ont eu besoin de renforcer leur attractivité et leur rayonnement en développant la périphérie. Il suffit d'observer les chiffres: en 35 ans, elles ont autorisé en France 60millions de mètres carrés commerciaux, dont la moitié ces dix dernières années».




L'emploi menacé?

Il plane toutefois sur cette surenchère de mètres carrés la menace de cannibalisation du marché. Car dans ce contexte de ralentissement de la consommation, la tentation de réduire la voilure est palpable chez certaines enseignes. En multipliant les implantations afin de réaliser des économies d'échelle, ces dernières peinent à réaliser des démarrages convaincants, faute d'un marché suffisant pour absorber ces nouvelles surfaces. «Il y a toujours un objectif derrière ces mètres carrés supplémentaires, ajoute Bernard Warain. En multipliant les extensions, on s'assure de proposer à la revente un bien immobilier plus important». Mais faut-il pour autant tirer le signal d'alarme? Rien que sur les trois premiers mois de l'année, les projets autorisés par la CDAC de la Sarthe généreraient 630 emplois. Des prévisions dopées par Family Village et ses 450 créations de postes sur place, véritable bouffée d'oxygène pour un sud-est manceau moins favorisé en matière d'emplois. Reste que pour transformer l'essai, le consommateur doit être au rendez-vous. Et face à cette recrudescence d'implantations, le report vers d'autres enseignes constitue une menace latente. «On parle de créations d'emplois à Family Village, mais on oublie que cette zone en détruira ailleurs. Si l'on perd du chiffre d'affaires, on sera obligé de réduire les effectifs de nos magasins», reconnaît François Bayle. Les dommages collatéraux commenceraient-ils à se faire sentir? L'enseigne de hard discount Le Mutant annonce en effet un plan de restructuration prévoyant suppressions d'emplois et fermetures de magasins. Des mesures qui concernent la Sarthe.

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