COMMENT J'AI FAIT
# Industrie

COMMENT J'AI FAIT

«Je me demande si cela aurait un grand effet si je tentais une autre action médiatique. Par exemple lors du prochain salon Made in France le 31mars à la Bourse de commerce de Paris. Lors de la précédente édition au Caroussel du Louvre, j'avais voulu interpeller sur l'avenir de l'industrie textile française. J'avais distribué un document plaidoyer à Christian Estrosi, alors ministre de l'Industrie, à Ségolène Royal et à Agnès B.Je regrette qu'il n'y ait eu aucun suivi de la part des journalistes présents. J'aimerais inviter le président de la République chez nous, ce serait moi qui parlerais et pas lui. Nos hommes politiques se disent protecteurs mais en réalité ne protègent rien. On a vendu notre métier au bénéfice d'Airbus et d'Areva. En une vingtaine d'années, nous sommes passés de 500.000 à 150.000 entreprises textiles en France. Je trouve dommage qu'on ne soit pas davantage à l'écoute des petites entreprises, qu'on ne s'intéresse pas à leur savoir-faire. Aujourd'hui, on est reconnu que lorsqu'on est rentable.»




«Préserver l'emploi local»

«Dans les grands magasins, il y a une étagère réservée à mes produits et cinq étagères de ?Made in China?. Certains m'ont même conseillé d'arrêter de me plaindre et de délocaliser. J'aurais pu le faire depuis longtemps, lorsque nous sommes passés aux 35heures. Je préfère me battre pour préserver l'emploi local. Car il serait très difficile pour une ouvrière entrée à 16-17 ans dans les années 70 dans une entreprise comme la nôtre, formée sur place, de se retrouver sur le carreau. C'est vrai que mes salariés prennent de l'âge, perdent en productivité. Leur efficience est passée de 80-90% à 70-75%. Nous rattrapons cet écart avec davantage de créativité. Un pull torsadé Le Minor peut coûter 175 euros mais on l'a pour la vie. Un pull nécessite environ trois quarts d'heures de fabrication. Il faut huit heures et demi pour en fabriquer douze.»




«Améliorer sa productivité»

«Nous devons continuer à améliorer nos coûts de productivité, pour que nos volumes augmentent sans trop d'incidence sur nos marges. Il faut être tout le temps sur le pont, trouver de nouvelles pistes pour se diversifier à l'export, qui représente 40% de mon chiffre d'affaires (1,3 million d'euros en 2010), à 80% avec le Japon. J'aimerais prendre des parts de marché à Dubaï, en Australie. Développer encore plus le travail avec les créateurs. L'objectif est aussi de ne plus être autant dépendant des commandes de l'armée, qui pèsent encore pour 16% de mon chiffre d'affaires. Nous vendons aussi près de notre site de production nos vêtements ?direct usine?, avec des marges boutiques. Je veux d'ailleurs pouvoir continuer à développer mon réseau de boutiques saisonnières à bail précaire. Après Vannes, Le Crouesty, Quimper, Carnac, nous venons d'ouvrir à Pont-Aven. En 2011, nous allons transformer en boutique notre showroom de deux étages à Saint-Germain-des-Prés à Paris.»

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