Rachel Dothée a d'abord travaillé comme chercheuse dans les équipes R & D de Nestlé, Saupiquet ou Fleury Michon sur des recettes et process intégrant parfois des aliments originaires des quatre coins du monde. Elle a même travaillé sur une filière saumon en provenance d'Alaska. Avant de décider de relever un petit défi : Pourquoi ne pas manger local, au moins dans nos cantines ? « Et éviter d'ingurgiter un poulet d'Europe de l'Est, dont l'origine première s'avère bien floue... En un mot, pouvoir raconter l'histoire de ce qu'on a dans son assiette », résume-t-elle. Après avoir testé ses premiers plats en 2013 auprès de quelques établissements, « Bon App'Filière Locale » a vu le jour en janvier dernier. D'ici juin, Bon App'aura déjà réalisé plus de 40.000 portions à destination de huit collèges et lycées du département. Au menu : un boeuf-ratatouille, un gratin de poisson-brocolis-carrottes et un parmentier de canard. Les producteurs sont locaux, à 80 % vendéens et tous issus du grand Ouest. Les légumes sont lavés, émincés, puis mis en forme par les petites mains de l'entreprise yonnaise, Aria 85, en charge de l'insertion de personnes atteintes de troubles psychiques. Les plats cuisinés, conditionnés et surgelés dans les usines de Fleury Michon à Pouzauges. Si tout se passe bien, Rachel Dothée aura atteint d'ici trois ans la barre du million d'euros de chiffre d'affaires, son point d'équilibre et créé huit à neuf emplois équivalents temps pleins chez Bon App'et ses prestataires. Cette belle histoire a pu être menée à bien grâce à une levée de fond de 100.000 euros, qu'elle doit en partie à des capitaux risqueurs solidaires et atypiques : Les Cigales.
30 € par mois et par personne
Comprendre : des clubs de particuliers (de 5 à 20), actifs ou retraités, qui décident de cotiser chaque mois une trentaine d'euros en moyenne, voire plus. L'argent récolté sert à soutenir des projets solidaires sous forme d'un apport au capital sur cinq ans.
Un label d'entreprise solidaire
Bon App'a ainsi reçu 3.000 euros du club nantais « Cigales en selle ». « Les banques ont été intriguées au départ, raconte Rachel Dothée. Puis se sont aperçues que les Cigales validaient notre démarche durable, qui les intéresse aussi. Au final, le club a contribué à l'effet de levier nécessaire à notre financement. » Aria 85, La Cavac ou Fleury Michon et des personnes privées complètent notamment le tour de table.
Un regard extérieur
« Les membres du club apportent aussi un regard extérieur, dépassionné et me font me poser des questions. Ils m'ont par exemple demandé de vérifier si les employés de Fleury Michon étaient rémunérés en conséquence pour le travail supplémentaire qu'on leur fournissait. Ce que j'ai fait ». À l'avenir, Bon App'accueillera sans doute aussi des Cigales vendéennes. Après avoir été testé dans le département il y a une vingtaine d'années, le concept ressurgit. Deux premiers clubs ont récemment vu le jour à Fontenay-le-Comte et à La Roche-sur-Yon. D
'autres devraient naître aux Herbiers et à Luçon cette année.
Un apport de 3.000 € à 100 K€
Si l'apport moyen se situe autour de 3.000 euros par projet, des regroupements de Cigales ont récemment permis d'injecter 10.000 euros dans une exploitation laitière dans la Sarthe et près de 100.000 euros voire plus pour des projets de parcs éoliens en Bretagne. 53 clubs d'investisseurs dont des Cigales ont ainsi investi 1,4 million d'euros dans le projet de parc éolien Béganne dans le pays de Redon.
CAPITAL-RISQUE Deux Cigales viennent de voir le jour en Vendée. Ces clubs cotisent chaque mois pour aider des créateurs d'entreprises éthiques à lever des fonds.