Chômage : Le paradoxe de la métallurgie
# Métallurgie # Ressources humaines

Chômage : Le paradoxe de la métallurgie

Le taux de chômage atteint désormais 8,7% dans le département. Pourtant, des secteurs peinent toujours à trouver des candidats. C'est le cas de la métallurgie. Entreprises et syndicat professionnel multiplient les actions pour se défaire d'une fausse image de leurs métiers.

«Nous sommes au pied du mur.» Les mots sont forts, mais les difficultés à recruter sont bien réelles pour un certain nombre de PME de la métallurgie en mal de candidats. «Nous sommes face à des entreprises qui ont de beaux carnets de commandes, mais qui sont confrontées à des problèmes pour produire», constate Élodie Masse, responsable de l'Association de développement des formations des industries de la métallurgie (Adefim Anjou). «Nous sommes freinés dans notre activité, confirme un chef d'entreprise à la recherche d'un technicien depuis deux ans. On y passe du temps et cela nous coûte de l'argent. Pour pallier ce manque, nous faisons des heures supplémentaires.»




«Nous sommes face à une menace»



L'inadéquation entre besoins de main-d'oeuvre et demandes d'emploi ne date pas d'hier dans la métallurgie, mais aujourd'hui la situation est d'autant plus paradoxale que taux chômage n'en finit plus de grimper. En Maine-et-Loire, il atteint désormais les 8,7%. Dans le département, près 600 embauches étaient prévues dans la métallurgie l'an dernier. Et ce sont plus de 2.300 offres d'emplois qui ont été enregistrées par Pôle emploi dans la région. Principaux métiers en tension: chaudronnier, soudeur, tourneur-fraiseur, ajusteur et agent de maintenance. Dans l'incapacité de recruter, certains industriels étendent désormais leurs recherches vers d'autres pays européens pour tenter de trouver des solutions! Dans les Pays de la Loire, troisième région industrielle de France, qui concentre un grand nombre de fabricants de machines spéciales et compte une des plus fortes densités de sous-traitance, cette problématique, conjuguée au vieillissement de la population et aux effets de la crise, constitue un réel enjeu d'avenir. «Nous sommes face à une menace: celle de la disparition des savoir-faire», prévient Olivier Jeanneau, secrétaire général de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) 49.




Représentation à la Zola

Alors, si les besoins sont là, pourquoi les candidats sont-ils si peu nombreux à frapper à la porte des entreprises? Une des principales raisons avancées reste «la méconnaissance et une image erronée des métiers de l'industrie», souligne Isabelle Fournier, chargée de recrutement au centre de formation Afpi de Cholet. La représentation à la Zola d'une métallurgie sombre, sale, bruyante et mal payée a en effet la vie dure. Résultat: «Nous ne trouvons plus de jeunes qui sortent des écoles», se désole DidierJouannic, responsable de production à l'usine de Cerizay (79) du groupe F3B, fabricant de moules pour bétons vibrés qui détient aussi MGCM à Maulévrier. Au moins cinq postes recherchent des candidats au sein de son entreprise. Certaines PME subissent aussi leur implantation en milieu rural. Pour Fabrice Jacrot, à la tête du fabricant de machines spéciales AMU à Nyoiseau et de SMP, spécialisée dans la mécanique de précision à Segré, être installé à 40Km d'Angers «nous oblige à faire de la surenchère et payer 20% plus cher». Quatre postes sont actuellement à pourvoir au sein de ses deux sociétés. Le dirigeant multiplie les efforts pour «se différencier» aux yeux des candidats. De même, pour faire venir des apprentis, il donne «un coup de main» dans la recherche de logement.




«Tous ces efforts mis à mal»

Autre motif d'inquiétude pour un certain nombre d'industriels: la décision prise par Rectorat de retirer, à la rentrée, les tours et fraiseuses conventionnels, pour des raisons de sécurité, de tous les lycées techniques. «Des solutions existent pour s'assurer de la sécurité, affirme Olivier Jeanneau. Il ne faut surtout pas priver l'opérateur de l'outil. À un moment où les métiers en tension nous amènent à réfléchir à des solutions innovantes, tous ces efforts sont mis à mal par des décisions

administratives catastrophiques.»




Un travail de longue haleine

Dans ce contexte, comment redonner de l'attractivité à ces métiers et inciter les jeunes à intégrer les formations initiales? Cela passe par un certain nombre d'initiatives mises en place pour permettre la rencontre entre le grand public et les entreprises. La Semaine de l'industrie, la découverte professionnelle en classe de troisième, la Semaine de l'entreprise, Made in Angers en font partie. «Des moyens financiers très importants ont été affectés dans la communication, souligne Olivier Jeanneau. Il faut rompre avec une manière de communiquer qui n'était pas très moderne.» Deuxième axe de travail pour la filière: «Expliquer aux demandeurs d'emploi qu'il y a un avenir possible dans la métallurgie à condition d'avoir un minimum d'envie et de prérequis. Les problèmes d'attractivité sont souvent liés à un cumul de phénomènes: méconnaissance de ce qu'est une entreprise, des métiers industriels et à la méconnaissance qu'en ont les professionnels de l'insertion eux-mêmes.» Pour tenter d'y remédier, l'opération Métal Job a été mise en place il y a près d'un an (lire ci-contre) dans le Maine-et-Loire. «Il s'agit d'un travail de très longue haleine», conçoit Olivier Jeanneau. Une donnée peut malgré tout donner des raisons d'espérer: la légère hausse du nombre d'entrées à l'Afpi des Pays de la Loire, le centre de formation aux métiers de l'industrie...

# Métallurgie # Ressources humaines