Arnaud Marion, depuis combien de temps suiviez-vous le dossier Chantiers Baudet?
Depuis octobre2008 et de façon très opérationnelle puisque les actionnaires de Baudinvest, la holding qui contrôlait l'entreprise, ont alors fait appel à mon cabinet, Trans Consulting International. Celui-ci se spécialise dans la gestion de crise opérationnelle, notamment sur le secteur des métiers d'arts et du luxe, avec des références comme le Lido ou la Salle Pleyel. Depuis cette date, j'étais mandaté et payé pour restructurer l'entreprise, dont j'ai été nommé président. À l'époque, les Chantiers Baudet accusaient une perte d'exploitation de 5M€ pour 25M€ de CA et un effectif de 120 salariés.
Comment avez-vous mené ce redressement?
Alors que le point mort des Chantiers se situait à peu près à 40M€ de CA, j'ai décidé de recalibrer la société pour qu'elle parvienne à l'équilibre d'exploitation avec des revenus de 15M€. Pour arriver à ce résultat, nous avons travaillé à l'augmentation de la marge brute, en choisissant notamment de réaliser en interne ce que nous faisons sous-traiter. Nous avons également fait du tri dans les contrats, revu le volet d'intérim. Cela nous a permis de retrouver rapidement l'équilibre d'exploitation.
Quelle a été la traduction de cette action sur le volet social?
Il n'y a eu aucun licenciement et aucune réduction des effectifs fixes. Nous n'avons joué que sur la main-d'oeuvre variable. Sur le plan humain, il a été décidé de nommer sept managers, dont cinq ont été recrutés à l'extérieur, afin de couvrir tous les aspects opérationnels et de faire passer les messages dans chaque domaine. Il est impossible de réduire une perte d'exploitation de 5M€ si le personnel n'est pas impliqué et ne comprend pas le changement d'organisation. Les objectifs ont été atteints avec 15M€ de CA l'an passé et un retour à l'équilibre. Nous avons notamment livré quatre yachts l'an passé.
Comment êtes-vous passé du statut de redresseur à celui de repreneur?
Baudinvest était confrontée à d'autres difficultés avec Baudet, son activité de fabrication de salles de bains en polyester (NDLR: cette filiale a en effet été placée en redressement judiciaire l'an passé. Elle employait à l'époque 270 salariés). Du coup, elle ne pouvait pas supporter financièrement les Chantiers Baudet, désormais restructurés et à qui il manquait juste des fonds propres. Devant cette situation, les managers et les salariés m'ont sollicité pour que je devienne repreneur via mon cabinet, ce qui constitue une première dans mon activité. J'ai donc cherché des partenaires.
Ce partenaire, c'est donc le Fonds de consolidation et de développement des entreprises (FCDE) ?
Il faut le dire, sans le plan de relance, qui a engendré ce fonds d'aide aux PME fragilisées, cette reprise n'aura jamais pu être conclue. Vu le contexte, les banques ne prêtent que très peu aux entreprises en difficulté comme les Chantiers Baudet. Dès que j'ai appris la constitution du FCDE, j'ai fait le siège de la médiation.
Pouvez-nous nous détailler le montage de reprise?
Nous avons créé une société intermédiaire, la Financière Chantier Baudet, qui a bénéficié d'une augmentation de capital de 3,9M€ en février dernier afin de pouvoir racheter les Chantiers Baudet. Ma société, Trans Consult International, y est majoritaire, aux côtés du management et du FCDE.
Quelles sont les perspectives?
2010 sera encore une année de transition. Mon intention est de réduire encore le point d'équilibre pour le faire coïncider avec un CA de 12M€, le tout sans procéder à des licenciements. Je pense même que nous pourrions augmenter nos effectifs de cinq personnes grâce à une diversification vers l'agencement terrestre, que cela soit d'hôtels de luxe ou de résidences privés. À terme, je pense que la vocation de l'entreprise est d'atteindre une taille critique de 15M€ de CA, pour un résultat net de 500.000 à 1M€.
Un objectif atteignable malgré le marché tendu des paquebots?
Je suis confiant. La récente commande de deux paquebots par Carnival aux chantiers italiens de Fincantieri va pousser le marché. Tout simplement parce que ces paquebots sont de nouvelle génération, et que cela ne peut que stimuler la concurrence et inciter les autres armateurs à s'intéresser à de nouveaux modèles et à s'en équiper.
Arrivé au chevet des Chantiers Baudet en 2008, le consultant Arnaud Marion en devient propriétaire. Il revient sur le redressement de l'aménageur nazairien de paquebots et yachts, ainsi que sur le montage original de la reprise, soutenue par le FCDE.