À la tête du bureau d’études en conception de bâtiments Thétis qu'il a créé en 2009, Jean-Gabriel Chelala conjugue sa passion d'aventurier et sa vie de dirigeant d'une quarantaine de salariés, entre Rennes et Paris. Aujourd'hui, il lance sa fondation en vue du Vendée Globe 2020. Une course au large qu'il veut réaliser sur un bateau "à énergie positive".
Bateau autonome et recyclage
« Maintenant que ma société commence à être bien structurée, je vise le Vendée Globe. D’ici là, je prépare la Transat Jacques-Vabre pour cette année et 2019, puis la Route du Rhum en 2018. Aujourd’hui, je pourrais vendre mon entreprise et voyager, mais je n’ai plus envie de partir comme avant. J’ai envie de construire une histoire familiale, d’entreprise... C’est toute cette construction du projet qui m’intéresse, plus que le Vendée Globe. Je ne cours pas après assouvir une satisfaction personnelle. Je veux embarquer un maximum des gens autour du projet de Vendée Globe à énergie positive, créer tout un écosystème, avec des valeurs partagées. J’engage tout un travail de R&D et humanitaire via Thétis Challenge : un budget de deux millions d’euros dont 500.000 euros apportés par ma fondation, sur les quatre prochaines années, dans un but désintéressé. Nous voulons des partenaires engagés », insiste le jeune entrepreneur de 36 ans qui veut installer des panneaux solaires et des unités de recyclage sur son bateau autonome. « J’ai envie d’aller plus loin, de travailler sur la notion de production d’énergie et de recyclage. On peut travailler sur du reconditionné pour les ordinateurs de bord, tablettes... et pourquoi pas les bouts, les voiles, les médicaments, la nourriture avec des aliments périmés pour lutter contre le gaspillage, des fruits et légumes abîmés mais retraités en lyophilisé... Je veux pousser la démarche au maximum. Le but n’est pas de réinventer ce qui existe déjà ! Nous allons combiner et tester plusieurs solutions. Je veux créer un réseau d’entreprises et organiser des soirées avec des témoins aventuriers ou scientifiques. Nous pouvons lancer des formations sur le recyclage, etc. »
Déjà l'Atlantique en pédalo
Curieux de nature, il mène pour son entreprise « une stratégie de croissance externe, de consolidation et de sécurisation, en diversifiant les territoires et les clients. Étudiant, j’ai monté une association de trecking pour faire le Mont-Blanc. Il fallait chercher des sponsors en racontant une belle histoire. C’est ce qui me plaît le plus. Partir, c’est la cerise sur le gâteau. J’ai monté aussi des projets en Bolivie, en Argentine... Puis, durant deux ans, j’ai fait un tour du monde, sans moteur ni voile. Mon objectif était d’étudier l’habitat traditionnel à travers la planète. J’ai aussi traversé l’Atlantique en pédalo, en quatre mois. J’ai voulu traverser la mer de Bering en kayak ; j’ai failli y passer dans une tempête. J’avais prévu six mois de pause ; ça a duré une semaine ! Mon goût pour l’aventure vient sans doute de quand j’étais ado... Je faisais partie des Scouts de France à Lisieux, un groupe assez dynamique. J’ai toujours eu envie de continuer. Il y a toujours un ordre de priorité. J’ai monté Bâti Energie sur le photovoltaïque - les fondations du groupe Thétis -, mais ça s’est mal passé. Nous avons dû repositionner l’entreprise. J’ai connu une grosse liquidation judiciaire, mais j’assume. La liquidation est la meilleure école. »
Nouvelle case départ
Il lui fallu des années pour arriver sur cette "petite case départ": « il faut véhiculer ses valeurs. Tout passe par la philosophie de l’entreprise. Ma plus grande fierté n’est pas de dire que j’ai fait tel ou tel exploit, mais qu’il a servi à d’autres, notamment à mes salariés. Je leur montre d’abord que je travaille, que je les respecte et je leur fais confiance en déléguant énormément. Chez moi, tous mes salariés décident d’eux-mêmes leur augmentation en fin d’année. J’ai cette envie de donner et de partager, mais je ne suis pas philanthrope. Je veux un salarié impliqué et un client satisfait. Les salariés travaillent pour eux, pas pour moi, et moi je travaille pour eux ! S’ils n’ont pas envie de venir travailler, ils peuvent rester chez eux. Il n’y a rien d’exceptionnel dans ce que fait un dirigeant. C’est une multitude de petites choses insignifiantes qui rendent la chose exceptionnelle. »
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