Catherine Casamatta : La fulgurante ascension

Catherine Casamatta : La fulgurante ascension

À 37 ans, l'enseignante- chercheuse en sciences de gestion a été élue directrice de l'Institut d'administration des entreprises (IAE). Elle remplace Hervé Penan à la tête de cet établissement de l'Université Toulouse 1-Capitole. Gaël Morandeau

«L'appétit vient en mangeant» dit le proverbe et Catherine Casamatta pourrait bien en dire autant. Bien que fille d'enseignant-chercheur- son père vient de prendre la tête du Pres (cf. page Actualité) -, elle ne se prédestinait pas à une carrière universitaire. Après le lycée à Toulouse, elle intègre l'Essec en région parisienne. Là, elle se confronte à l'univers professionnel, à l'occasion de plusieurs stages, notamment chez ATR ou Corsica Ferries. «Dans les années 90, la SCNM venait de perdre son monopole, se souvient-elle. Corsica Ferries était alors une structure familiale en plein développement. Mon travail était passionnant: tout était à créer, j'avais de vraies responsabilités.» Elle est appréciée, si bien que la société lui propose de l'embaucher. Mais Catherine Casamatta se trouve encore trop jeune pour entamer une carrière. Elle a envie de «voir autre chose». «En école de commerce, la question du ?'pourquoi'' est peu abordée, remarque-t-elle. C'est pour ça que j'ai voulu faire un DEA [aujourd'hui master 2 de recherche, ndlr] en sciences de gestion, à l'IAE de Toulouse. J'aspirais à prendre du recul par rapport à l'entreprise.» La découverte de la recherche la décide à continuer dans cette voie. Elle enchaîne sur une thèse et commence à donner des cours. «On ne choisit pas d'être enseignant-chercheur parce qu'on n'aime pas l'entreprise. C'est le contact avec la recherche et l'enseignement qui m'a fait comprendre que c'était ma vocation.»




Pour des entreprises efficaces

Depuis, Catherine Casamatta suit une direction: étudier «le comportement stratégique de l'entreprise induit par la structure financière», ce qui implique que «certaines structures financières sont plus adaptées que d'autres». C'est aussi comprendre les relations d'agences, c'est-à-dire «lorsqu'une institution ou une personne délègue à une autre personne, pour faire quelque chose pour elle». Sa méthodologie de recherche? «Il en existe plusieurs en sciences de gestion. Soit l'observation de l'entreprise, soit l'étude de données qui sont le fruit de comportements humains, soit l'utilisation de modèles pour capturer les interactions et pouvoir prédire.» La scientifique utilise cette dernière et travaille avec des entreprises afin d'affiner ses hypothèses et vérifier ses résultats. Elle collabore aussi parfois avec des économistes ou des mathématiciens. Catherine Casamatta s'est vite fait remarquer sur le plan international. Elle publie dans de prestigieuses revues académiques, prend part à la rédaction d'ouvrages et participe depuis plus de dix ans à des congrès et séminaires un peu partout en Europe. Pas aux États-Unis car, dit-elle avec humour, elle «n'aime pas l'avion, donc j'y envoie des co-auteurs». «La base du métier est de confronter ses résultats, explique-t-elle. Il faut convaincre les autres que ce que vous dites est intéressant, et eux vous font des critiques et des suggestions. Donc plus on élargit son réseau, plus la recherche est de meilleure qualité.» Pour elle, la finalité de son travail est de «comprendre ce qui se passe dans l'entreprise et éventuellement proposer des éléments de régulation, le tout dans un souci d'efficacité.»




«Les qualités requises»

L'ascension de Catherine Casamatta au sein de l'IAE est assez fulgurante. Trois ans après sa thèse, elle était déjà responsable du département Finance et membre du conseil d'administration. Elle devenait ensuite responsable d'un master et était élue au conseil scientifique, dont elle intégrait le bureau. En 2006, elle prenait la tête de l'École doctorale de sciences de gestion. Cette expérience lui a permis de collaborer avec 15 autres directeurs au sein du Collège doctoral du Pres. «Au départ j'étais très pessimiste, se souvient-elle, car nous avions l'habitude de travailler chacun dans notre coin. Mais au fil des réunions, nous avons découvert que sur certaines dimensions nous n'étions pas très éloignés les uns des autres. Au bout du compte, il y a des projets communs très positifs qui se sont créés.» En février dernier, Hervé Penan, le directeur de l'IAE depuis neuf ans, démissionne avant la fin de son mandat, afin de rejoindre un grand laboratoire pharmaceutique. Catherine Casamatta se porte -seule- candidate à sa succession et est élue le 19février. L'ancien directeur est «très heureux» de ce choix. «Elle fera une excellente directrice» affirme-t-il. Car «elle a les qualités requises pour être performante» à savoir «une grande légitimité scientifique, la confiance de ses collègues». Et surtout «l'enthousiasme et l'envie liés à la jeunesse».