Carrières : «Je suis inquiet pour la Bretagne»
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Carrières : «Je suis inquiet pour la Bretagne»

Extraction Stéphane Durand-Guyomard, nouveau patron de l'Unicem Bretagne, qui regroupe carrières et granitiers, tire la sonnette d'alarme pour sa profession.



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éphane Durand-Guyomard, vous succédez à Dominique Billon à la présidence de l'Unicem Bretagne. Quel est votre parcours?

Originaire de Basse-Normandie, j'ai une formation de géologue. J'ai commencé ma carrière de carrier il y a vingt ans. D'abord chez Cemex, puis Lafarge et, enfin, dans le groupe Colas. Je suis directeur matériaux et industrie de CMGO. Une structure regroupant les services partagés de Screg, Sacer et Colas Centre Ouest. CMGO, ce sont 321 personnes et 25 carrières dans l'Ouest.


Pouvez-vous nous donner quelques chiffres sur l'Unicem Bretagne?

C'est un syndicat professionnel regroupant des carrières, des granitiers, des sociétés dans le béton prêt à l'emploi, dans les minéraux industriels, les parpaings, etc. Ce sont 250 entreprises (500 sites de production) pour un chiffre d'affaires d'un milliard d'euros et 5.000 emplois directs.


Vous tirez la sonnette d'alarme. Pourquoi?

Parce que je suis inquiet pour la capacité de la filière à répondre aux besoins de la Bretagne. Aujourd'hui, un Breton consomme 8 à 10 tonnes de matériaux par an. Et les besoins vont aller grandissant. Or, on a de grosses difficultés à accéder à la ressource, c'est-à-dire le sable et les graviers.


Pourquoi?

Ce sable et ces graviers, on les fabrique dans les carrières. Mais aujourd'hui, on n'arrive plus à ouvrir de nouveaux sites. Durant les vingt dernières années, on en a ouvert seulement trois. Dans le même temps, on en a fermé plus de cinquante.


Quelle est la conséquence?

En Bretagne, les carrières actuelles produisant du sable ont une durée de vie inférieure à cinq ans. Celles produisant de la roche dure, moins de dix ans. Et il faut savoir que le sable que l'on produit en Bretagne n'est déjà pas suffisant pour répondre aux besoins. On fait venir chaque année un million de tonnes de sable de mer de la façade atlantique.


Pourquoi n'arrive-t-on plus à ouvrir de nouvelles carrières?

Il y a trois raisons majeures d'opposition. Une opposition citoyenne, la compétition avec les autres usagers du sol comme l'agriculture, et la non prise en compte de nos activités dans les PLU (plans locaux d'urbanisme) et les SCOT (Schémas de cohérence territoriale).


Que reprochez-vous aux décideurs politiques?

Aujourd'hui, les élus prévoient l'aménagement à long terme de leurs territoires mais jamais ils ne se posent la question "D'où va venir le matériau pour construire?". Or, une maison, c'est 300 tonnes de gravier. Un lycée, 3.000 tonnes. Un kilomètre d'autoroute, 30.000 tonnes. Ces tonnes-là, où est-ce qu'on va les trouver? Il faut donc faire en sorte de dégager des zones et dire "C'est là qu'on fera les carrières demain!".

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