Diplômé de Science Po, docteur en droit public, l'homme d'affaires normand évoque la stratégie industrielle de Bernard Krief Consulting.
BKC est au départ un cabinet de conseil. Comment est-il devenu un groupe industriel? Notre premier métier est le business developpement, avec en amont le conseil stratégique et en aval le marketing opérationnel. Notre évolution découle d'une analyse stratégique: Le marché du conseil était dominé par les grands cabinets Anglo-Saxons. Si nous avions suivi cette voie, nous aurions été une SSII de plus, trop petite pour rivaliser! D'où la tentation de l'industrie, avec l'idée de l'organiser comme une société de services dans la recherche de création de valeur.
Qu'est-ce qui rend ce modèle pertinent, selon vous? Nous sortons de deux siècles d'organisation en filières. Avec la mondialisation, ce modèle est mort! Il faut penser l'organisation en chaîne de valeur. C'est une obligation dans un contexte de concurrence mondiale car ce que l'on perd en prix, en coût de production, on le gagne en organisation.
Dans vos acquisitions, vous dites privilégier des entreprises françaises, pourquoi? Dans l'industrie rien n'est simple, mais nous croyons à la qualité du «made in France». Treize de nos quatorze sites industriels sont en France. Cela nous permet aussi d'organiser la gestion de la supply chain et de générer ainsi de la valeur ajoutée.
Sur quels critères déterminez-vous vos cibles?
Il n'y a pas un cas où nous n'avons pas été aiguillés par des clients qui nous disaient d'y aller! À partir de là, nous appliquons trois critères: Essayer d'organiser l'entreprise en low cost en écrasant les charges fixes. Chez DMC, nous avons supprimé le siège parisien et la «Tour» de Mulhouse. Au final nous avons réalisé une économie de 50% sur la masse salariale du groupe en conservant la R & D et le marketing intacts. Ensuite, on se concentre sur la valeur ajoutée. Tout ce qui n'en n'est pas peut venir d'Asie mais la créativité et la production doivent rester en France. Le dernier critère est qu'il s'agisse d'activités mondialisables. On ne peut pas raisonner en village gaulois! L'essentiel pour rester compétitif c'est de miser sur la qualité.
Quel était l'objectif de l'entrée en Bourse de Krief Group? Le holding Krief Group est coté au marché libre de la Bourse de Paris depuis février dernier (Montaigne Fashion Group, filiale de Krief, l'est sur Euronext). La cotation devrait être transférée sur Alternext avant la fin de l'année. C'est le début d'un processus. L'idée était de créer un historique et pas de lever des fondsqui doivent d'abord venir de l'exploitation! L'introduction en Bourse nous permet d'expliquer quels sont nos choix.
Quel sens donnez-vous à votre engagement politique? Je suis élu local depuis vingt-sept ans. J'ai depuis été candidat à neuf élections et j'ai été élu à sept reprises. C'est un domaine dans lequel il faut être persévérant, tenace et courageux. C'est vital de se battre, même si l'on ne gagne pas à tous les coups. Lors de mon premier mandat de maire adjoint de Verneuil-sur-Avre en 1983, je n'étais âgé que de vingt-cinq ans!