Avec 2.000 kilomètres d'itinéraires cyclables recensés dans toute l'Alsace, difficile de passer à côté du vélo, notamment dans la capitale française des cyclistes, Strasbourg. « En 2009, la part modale du vélo représentait 8 % des transports dans l'agglomération de Strasbourg et même 14 % en centre-ville. Sept ans après, il n'existe pas de nouveaux chiffres, nous avons pourtant de bonnes raisons de croire que la part modale cycliste continue de gagner du terrain », estime Pierre Hanauer, chargé de mission management de la mobilité à l'Eurométropole.
Alors, l'Alsace, maillot jaune de la pratique du vélo ? Certes. Cependant, le ratio de cyclistes se rendant au travail à vélo parmi les adeptes de la petite reine semble difficile à évaluer. En effet, selon Les chiffres clés du transport 2016, publiés en mars dernier par le Commissariat général au développement durable, « les statistiques sur les déplacements à vélo sont encore très fragiles ; ils sont généralement courts et n'engendrent au total que peu de voyageurs-kilomètre. Il n'existe pas encore d'informations statistiques sur les nouveaux types de déplacement ».
Faciliter l'usage du vélo sur le trajet domicile-travail
Pourtant, une mesure en faveur de l'usage du vélo pour se rendre sur son lieu de travail pourrait bien changer la donne. Le décret d'application de l'indemnité kilométrique vélo (IKV) est entré en vigueur en février dernier. Issue de la loi d'août 2015 relative à la transition énergétique, l'IKV, bien que facultative et moyennant un accord d'entreprise, peut être versée aux salariés se rendant au travail à vélo et ainsi inciter au report modal. En Alsace, l'IKV semble faire une percée encore timide au sein des entreprises, celles-ci intégrant davantage la variable cyclable dans les plans de déplacement d'entreprise (PDE), incitant les sociétés à encourager les transports collectifs ou alternatifs auprès de leurs salariés.
Selon Jean-Pierre Behaxeteguy, ingénieur à l'Ademe Alsace, « il est important que les entreprises soient accompagnées dans la mise en place d'un PDE pour définir les besoins et la dynamique à adopter ». L'un des principaux intérêts à la mise en place d'un PDE dans une entreprise paraît être « lié à l'accidentologie du travail. Les statistiques de la Carsat montrent que 50 % des accidents du travail sont des accidents sur le trajet domicile-travail. Ainsi, inciter le covoiturage et l'usage du vélo pour réduire les accidents fait, entre autres, partie des mesures des PDE. De plus, lorsque les entreprises exercent leurs activités dans le domaine du développement durable, celles-ci sont sensibilisées aux PDE, notamment dans leur volet réduction des gaz à effet de serre en développant les modes de transport doux. Enfin, dans le cadre d'une démarche RSE, un PDE peut favoriser la dynamique et l'image de l'entreprise » poursuit Jean-Pierre Behaxeteguy.
Miser sur la sécurité
La sécurité au travail, c'est bien une des raisons pour lesquelles le site de production du laboratoire pharmaceutique Lilly France (CA 2014: 2, 58 Md € ; 2.321 personnes) à Fegersheim (1.700 salariés et partenaires) s'est penché sur la question. Éric Chivot, DRH chez Lilly France à Fegersheim, explique ainsi que « dans le prolongement de notre politique RSE, notre préoccupation est la sécurité des salariés. Nous voulons ainsi développer le déplacement cycliste. Un accès au site dédié spécifiquement aux cyclistes a été aménagé. De plus, nous distribuons par exemple des chasubles jaunes de sécurité et nous proposons une à deux fois par an des ateliers mobiles de révision et de réparation des vélos. Enfin, à l'échelle du groupe, des discussions avec les partenaires sociaux sont en cours pour établir les modalités et la prise en charge de l'IKV ».
Réduire l'impact carbone
À Colmar, Vialis (CA 2014 : 83 M €; 220 personnes), la société d'économie mixte distributrice d'électricité et de gaz naturel, « s'est très tôt imprégnée des sujets environnementaux. De par notre activité notamment, 2/3 du parc automobile de Vialis roule au gaz naturel véhicule depuis 1994. Mais notre PDE est vraiment parti d'un constat initié en 2009. Après la réalisation d'un bilan carbone, nous avons découvert que nos déplacements domicile-travail représentaient deux fois le tour de la planète, les chiffres étaient alarmistes ! Il est vrai que notre grand parking à disposition ne favorisait pas l'usage des transports collectifs ou du vélo. Nous avons ainsi acquis une flotte de sept vélos électriques ou traditionnels mis à disposition des salariés pour les rendez-vous pro et les pauses déjeuner. Cela fonctionne bien. En 2014, 2.400 km ont été parcours avec ces vélos et 1.700 en 2015 », explique Delphine Collin, directrice de la communication chez Vialis.
De plus, le week-end, la société prête gratuitement aux salariés les voitures de service électriques pour se familiariser avec cet usage. Le site est équipé de bornes de rechargement électrique pour les véhicules personnels et développe également le covoiturage.