Nantes

Numérique

Qui est MyScript, l'éditeur de la meilleure application du monde ?

Par Amandine Dubiez, le 10 février 2017

La PME de 120 salariés MyScript a remporté le prix de la meilleure application du monde au CES de Las Vegas début janvier. Retour sur une success story née au sein de l'université de Nantes il y a près de 20 ans.

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Qu'est-ce que cela fait d'être sacrée meilleure application du monde au CES de Las Vegas ? « Cela fait plaisir aux équipes, on pensait que la compétition serait plus dure », confie Pierre Laporte, vice-président exécutif de MyScript. À l'applaudimètre, l'application Nebo a largement remporté la compétition devant onze autres concurrentes triées sur le volet par le jury du Mobile Apps Showdown. La PME installée à l'est de Nantes, dans le quartier du Perray, commence à être une habituée des récompenses. Elle avait déjà reçu la même distinction à Las Vegas il y a quatre ans pour Calculator, l'application téléchargée plus de 40 millions de fois, capable de reconnaître des opérations mathématiques manuscrites et de les résoudre.

Leader mondial du marché

Nebo, elle, reconnaît l'écriture manuscrite. Elle décrypte tout ce qui est écrit avec un stylet, que ce soit des gribouillis, des diagrammes, des opérations, des tableaux, et les transforme en format texte. Même si l'écriture est en patte de mouche, ou s'apparente à l'ordonnance d'un médecin, Nebo reconnaît les mots, et cela dans 64 langues. Disponible uniquement sur tablette, sur les stores d'Apple et Microsoft, et d'ici quelques mois sous Android, Nebo a été téléchargée plus de 500.000 fois depuis son lancement l'été dernier. Une belle performance pour une application qui n'a pas vocation à sortir sur mobile. « Avec Nebo, on s'adresse surtout à un public de professionnels qui utilisent leurs tablettes avec un stylet pour prendre des notes. Sur mobile, l'écran est trop petit pour prendre des notes », précise Pierre Laporte.

À l'origine, une thèse à l'université de Nantes

Nebo a nécessité deux ans de recherche dans les laboratoires nantais de MyScript et fait de nombreux jaloux chez Microsoft et Google, qui investissent eux aussi sur la reconnaissance d'écriture manuscrite, pariant sur un boom de l'utilisation des stylets. « On a de l'avance sur eux », assure Pierre Laporte. Et pour cause, si Microsoft et Google ont lancé leur propre application il y a maintenant deux ans, MyScript travaille sur le sujet depuis près de 20 ans. C'était le sujet de thèse de Pierre-Michel Lallican alors qu'il était étudiant à l'université de Nantes, dans les années 90. « À l'époque, je travaillais sur la reconnaissance d'écriture sur image », explique le désormais directeur de la technologie chez MyScript. Le sujet intéresse Stéphane Knerr, alors chercheur invité à l'université. Une fois sa thèse et son doctorat validé, Pierre-Michel Lallican rejoint Stéphane Knerr dans la création de l'entreprise Vision Objects, l'ancien nom de MyScript. Ils sont alors trois employés et travaillent dans la maison de Stéphane Knerr. Vision Objects se concentre sur le stylo numérique qui enregistre la prise de note pour la convertir en texte sur ordinateur. En 2000, deux ans après sa création, la start-up sort ainsi son premier produit. Le logiciel MyScript qui permet de transcrire une écriture naturelle, cursive en un texte « dactylographié ». Bon an, mal an, Vision Objects grossit et commence à être rentable en 2006.

En 2009, Stéphane Kerr décide de revendre son entreprise, composée alors de 80 salariés, à Myrian Capital, un fonds de pension américain. Le nouveau P-dg est américain. Il s'appelle Paddy Padmanabhan et dirige aussi le fonds d'investissement. Il conserve les emplois nantais et nomme des commerciaux en Chine, Inde, et États-Unis. MyScript réalise 98 % de son chiffre d'affaires à l'export. Dans les locaux nantais de la PME, 20 nationalités se côtoient. Une mixité indispensable pour travailler sur tous les alphabets du monde. Ce changement de direction intervient au moment où les smartphones s'imposent et bouleversent le marché de la PME.

Samsung, son plus gros client

Pour se réorienter sur les applications mobiles, l'entreprise double de volume en trois ans et recrute essentiellement des développeurs. Et pourtant, ce n'est pas grâce à ces applications que MyScript gagne de l'argent. « Les applications sont des démonstrateurs de ce qu'on est capable de faire », explique Pierre-Michel Lallican. Son business model, MyScript le réalise avec des fabricants de tablettes et téléphones tels que LG, Nokia ou Sharp ou avec des éditeurs qui veulent intégrer leur logiciel. Son plus gros client reste Samsung avec qui elle travaille depuis 6 ans et qui a intégré son logiciel de prise de note S-Notes dans ses Galaxy Note. MyScript travaille aussi beaucoup avec Audi, Tesla, Mercedes. Le conducteur écrit instinctivement sur un touchpad situé à côté du boîtier de vitesse. « Le but est que l'interface homme-machine soit la plus naturelle possible », indique Pierre Laporte. Le prochain marché qui tend les bras à MyScript est celui des objets connectés. « Plutôt que d'essayer de comprendre le fonctionnement du menu, les créateurs d'objets connectés commencent à réfléchir à installer un touchpad. Notre technologie pour cela est prête », précise le vice-président. Il attend juste que les fabricants soient prêts, eux aussi.

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