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Interview Mickaël Keromnes : « Pourquoi Cedreo a annulé sa levée de fonds »

Entretien avec Mickaël Keromnes, PDG de Cedreo

Propos recueillis par Amandine Dubiez - 03 mai 2019

Pour accompagner son implantation à l’international, Cedreo, un éditeur nantais de logiciels 3D d’aide à la vente pour les professionnels de l’immobilier, a préparé une deuxième levée de fonds, qu’il a annulé volontairement. Son PDG, Mickaël Keromnes, en explique les raisons.

Mickael Keromnes est fondateur et PDG de Cedreo.
Fondateur et PDG de Cedreo, Mickael Keromnes voulait réaliser un tour de table de deux millions d'euros. Puis s'est ravisé. — Photo : JDE

Le Journal des Entreprises : Vous avez publié un post sur LinkedIn pour annoncer que vous aviez refusé de lever des fonds en vue de financer le lancement à l’international de Cedreo (2,5 M€ de CA, 32 salariés). Pourquoi partager cela ?

Mickaël Keromnes : Je ne suis pas sûr que, parmi les entreprises qui peuvent s’autofinancer, tout le monde se pose la question de lever ou non des fonds. Il y a un vrai mouvement aux États-Unis, mais pas encore en France, où, pour certaines start-up, lever des fonds devient le critère numéro un de réussite. Nous ne sommes pas des ayatollahs de l’autofinancement, mais nous pensons que c’est la meilleure solution pour nous aujourd’hui.

Nous avions effectué une première levée de fonds de 250 000 euros en 2012 pour financer notre projet de R & D. Nous avions alors fait appel à la société de capital-investissement Sodero et aux business angels de Bamboo, à qui nous avons depuis racheté les parts. En 2017, nous commençons à nous rendre compte que notre marché est, en France, saturé et qu’il faut que nous allions à l’international, en Allemagne et aux États-Unis. Nous préparons alors une deuxième levée de fonds de deux millions d’euros. Nous travaillons sur le business plan, démarchons les banques d’affaires, etc. Nous allions commencer notre road show pour la rentrée de septembre. Et puis, avec mon associé et directeur technique Julien Alex, nous réfléchissons, pendant l’été, à la raison d’être de l’entreprise et nous décidons d’annuler la levée de fonds.

Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?

M. K. : Nous nous sommes demandé : est-ce que nous avons vraiment besoin de cela ? Nous sommes attachés à notre liberté. C’est pour cela que nous avions créé notre société à la base. Les objectifs que je m’étais fixés sont déjà atteints. Notre société de 32 salariés est rentable. Nous visons les 3,5 M€ de CA en 2019, soit une croissance de 40 %. Les capitaux-investisseurs nous auraient demandé un retour rapide sur investissement, et donc de prendre plus de risques. Ils auraient exigé d’aller vite sur les marchés allemands et américains, au risque de consommer beaucoup de cash, alors qu’on aime bien être mesuré, prendre le temps d’adapter nos produits à la culture du pays.

« Les capitaux-investisseurs nous auraient demandé un retour rapide sur investissement, et donc de prendre plus de risques. »

On ira aux États-Unis et en Allemagne, mais avec plus de temps, en gardant notre équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. On veut se donner les moyens de faire cela bien. L’autre raison est que nous sommes aussi attachés à notre politique RSE. Or, aucun des investisseurs que nous avons rencontrés, lors de la première levée de fonds, ne nous a posé la moindre question là-dessus…

Plutôt que de prendre du temps à convaincre les investisseurs, vous préférez vous consacrer à vos clients ?

M. K. : Je suis convaincu que pour prendre soin de ses clients, il faut d’abord prendre soin de son équipe. Ce ne sont pas de simples paroles en l’air. Nous veillons à ce que les managers de Cedreo soient formés, parce que c’est un vrai métier. Nous donnons aux équipes quatre heures par mois pour qu’elles aient la possibilité de donner de leur temps pour les autres. Nous avons créé un comité RSE, avec cinq personnes qui réfléchissent à notre impact écologique.

Mickael Keromnes est fondateur et PDG de Cedreo.
Fondateur et PDG de Cedreo, Mickael Keromnes voulait réaliser un tour de table de deux millions d'euros. Puis s'est ravisé. — Photo : JDE

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